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Pascal QUIGNARD

Trésor caché



Aimez-vous les chats ? Si oui, rien que pour cette raison, lisez le dernier livre de Pascal Quignard. Lui, les aime, c’est certain. Louise, son personnage central, les aime aussi. L’un, Peer, a même été l’amour de sa vie. Il faut dire qu’il le lui a bien rendu  puisque, en l’enterrant dans son jardin bourguignon, elle a découvrert un trésor.

Mais elle a eu d’autres amours, notamment Luigi, qu’elle va rencontrer au cours d’un voyage à Naples. Preuve que l’intensité de l’amour n’est pas liée à la durée, elle va vivre avec lui une relation de quelques jours mais ces jours-là les feront rester ensemble comme s’ils étaient des amants de toujours.

Sur fond de Méditerranée, de sècheresse, de pluie ou de séisme, ils perdureront dans le reflet de cet amour, qu’ils emporteront finalement en Bretagne, où la vie de Luigi s’achèvera. Louise retournera alors en Bourgogne, là où son chat Peer repose, là où elle avait trouvé son trésor.

Raconter ainsi, on pourrait croire que le récit est circulaire. Il est pourtant loin de l’être. D’abord parce que Louise, durant le temps qu’elle passe avec Luigi, fait de nombreux va-et-vient : trajets réels ou envolées dans son passé. Ensuite et surtout parce que le livre est construit dans une alternance de narration. Tantôt Louise raconte, tantôt Luigi, tantôt le narrateur, tout cela mêlé, comme si Pascal Quignard passait d’une voix à une autre comme on passe du rêve au réveil, de la vie à la mort, du malheur au bonheur, sans transition, ou sans s’y attendre.

S’il y a d’ailleurs un message derrière les pages de ce livre sublime, c’est peut-être celui-ci : rien ne peut s’anticiper car rien n’est jamais défini ou achevé. La mort elle-même n’est pas un espace fermé, Pascal Quignard nous le dit : « La mort n’est aucun lieu. N’enclôt aucun enfer. Elle s’ouvre, c’est tout. » De là, les vivants peuvent continuer de vivre avec leurs morts, qu’ils retrouvent dans leurs rêves et leur mémoire. Ou dans la douceur d’un pull qui rappelle la toison d’un homme.

Ainsi, si la solitude est le propre de l’humain, cette solitude si chère à l’auteur, on apprend dans Trésor caché que l’être n’est jamais tout à fait seul. Subsiste en lui un passé dont il peut constamment se nourrir. C’est là toute la beauté de la vieillesse, dont Pascal Quignard se fait le chantre. « Seul l’âge, dans le monde externe, constitue le trésor. » écrit-il, nous révélant que le trésor caché de son livre est sans doute à chercher là, dans ceux que recèle le grand âge.

Plus qu’un récit, Trésor caché est donc un livre où toute phrase se médite. Comme celles-ci par exemple : « La souffrance n’est pas un but mais c’est une corde puissante si l’on sait l’empoigner. […] À son extrémité, il y a une fiole, un philtre rempli à ras bord de jouvence. »

Isabelle Rossignol 
(06/02/25)    



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Lectures








Albin Michel

(Janvier 2025)
304 pages - 21,90 €



Pascal Quignard,
né en 1948, romancier, nouvelliste, essayiste, a publié plusieurs dizaines d’ouvrages et obtenu le prix Goncourt pour
Les Ombres errantes.


Bio-bibliographie
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