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Martine ROFFINELLA

Petites morts à péage


Le recueil comprend huit nouvelles, en moyenne d’une dizaine de pages chacune. Le titre annonce bien la couleur, il s’agit bien de petites morts, voire d’odes moqueuses au phallus, au péage de A. (ou dans la ville du même nom). « Avec la galerie de portraits que je m’enfile tous les jours dans ma cabine, rare survivante au paiement automatique par carte, j’ai le droit d’avoir mes petites préférences, non ? Les usagers doivent penser que je suis lunatique. Alors que niet ! pas du tout, héhé, je cache bien mon jeu. C’est le mot : je m’amuse et si possible je jouis. C’est à la tête du client que tout se décide. »

Ainsi dans "God Save The Queen", la nouvelle qui ouvre le recueil, le client va en baver un maximum dans sa Porsche. « J’attends la chute, l’ultime et inévitable réplique du bourge rabougri de naissance côté queue et qui porte la barbe pour faire croire qu’il en a une grosse. Bernique. Ça ne marche pas avec moi. Si tu veux mon pote, on mesure. Vas-y pose tes pauvres petites couilles sur ma tablette. Que j’admire ton attirail d’impuissant. Pfuitt pauvre micro-coucougnettes toutes renfrognées de frustration ! » Entre les deux hommes c’est une rivalité toute masculine, mais aussi de classe. « La guerre des bites fait rage. C’est à celle qui retombera la première à l’état de chiffe molle. Moi je tiens bon la trique. À ce moment, l’autre s’enferme dans sa Porsche et claque méchamment sa portière. » Dans l’affrontement bon popaul ne serait mentir…

Toutes les nouvelles sont plus drôles les unes que les autres. La cinquième nouvelle, "J’ai un ticket", narre un marchand de lingerie féminine homosexuel. « La ville de A. possède intrinsèquement cette spécificité que je n’y vends jamais rien.
De la gaine renforcée spéciale ventre plat aux petits slips affriolants pour sauteries illicites, en passant par les très suggestives jarretelles, les strings-dentelle noirs ou encore la ravissante culotte en coton blanc pour adolescentes qui se racontent des histoires de fée-citrouille en rêvant secrètement, c’est moi qui vous le dis ! à un gros membre viril pour les dépuceler, personne à A., no body, pour commettre un subtil trait d’esprit, ne daigne s’intéresser à mes articles
. […] Pfffuit. Je ne devrais pas dire ça puisque c’est mon gagne-pain, mais quel gâchis ! Que d’heures interminables perdues dans la sélection d’un bout de chiffon censé aguicher l’homme ! À titre personnel, il me faut beaucoup moins de temps pour séduire un mâle, et pour une découverte sexuelle tellement plus excitante ! Même avec un choix de profils différents, cette galerie de triangles à poils longs ou frisés, savamment taillés ou imberbes, offre selon moi un spectacle bien peu érotique. Je me demande comment tant d’individus masculins, probablement bien montés et attrayants de leur personne, peuvent se montrer émus et attirés voire passionnés par une simple fente poilue ou pas, un « steak à deux battants », comme dit ma tordante meilleure potesse. »

Drôle aussi "Quel pied !" où le trou percé dans le mur pour apercevoir les seins de la voisine (la description du lotissement est un petit chef d’œuvre qui fait rire jaune tant elle révèle la bêtise de l’architecture) amène la paroi à s’écrouler de honte.

On peut citer également "Les bœufs de Panurge" ou "Trois petits cochons", toutes manifestent un tel humour, dans des discours ciselés, que c’est un plaisir de lecture.

Michel Lansade 
(30/12/25)    



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Tinbad

(Septembre 2025)
92 pages - 13 €









Martine Roffinella
a déjà publié
une trentaine de livres


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