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Phyllis RUDIN


Le monde d’en bas


Connaissez-vous la ville souterraine de Montréal ? Depuis la construction du métro dans les années 60, un réseau de couloirs n’a cessé de se densifier pour attendre maintenant une trentaine de kilomètres de galeries sur douze kilomètres carrés. Boutiques, restaurants, cinémas, activités, expositions, et accès aux immeubles de bureaux, une ville sous la ville !
C’est dans cet univers urbain artificiel que Phyllis Rudin fait vivre ses personnages et notamment deux jeunes femmes qui s’y installent pour des raisons très différentes.

Daphne est une étudiante qui rêve de devenir professeure des universités. « Elle enseignerait, resterait assise à la bibliothèque à cogiter, pondrait des articles et des monographies, et assisterait à des colloques dans des régions à palmiers. C’était une vie hygiénique, une vie syndiquée, une vie avec la sécurité d’emploi. » Mais sa thèse commencée sept ans plus tôt est loin de son terme. « Ses recherches théoriques et ses investigations sur le terrain étaient terminées, ses notes organisées à la perfection, et ses références bibliographiques irréprochables. Il ne lui restait plus qu’à noircir les pages. C’était là le hic. »
Elle vit chez sa grand-mère, Nora, et enchaîne les petits boulots pour survivre quand son directeur de thèse, proche du désespoir, lui donne un prospectus en lui conseillant de postuler.
Une agence de communication, chargée de médiatiser la ville souterraine de Montréal pour en augmenter la fréquentation et attirer des touristes, vient d’avoir une nouvelle idée : montrer qu’on peut vivre une année entière dans le monde d’en bas sans manquer de rien.  « On pourrait transformer ça en défi, en compétition, quelque chose du genre. Prouver que c'est vraiment possible de vivre sous terre sans se priver. Comme tu l'as dit, la ville souter­raine a tout ce qu'il faut. Et si on demandait à quelqu'un d'habi­ter là toute une année sans jamais sortir, même pas une seule fois ? Avec une récompense financière au bout, par exemple. Les gens pourraient suivre cette personne tout au long de l'année, ou elle pourrait tenir un blogue... »
Après plusieurs entretiens, la candidature de Daphne est retenue. Elle ne doit pas mettre un pied dehors pendant un an et pour en être sûr on lui fixe un bracelet électronique. Mais les contreparties en valent la peine : « un appartement dans la ville souterraine sans loyer à payer pendant un an, un pécule mensuel de cinq mille dollars et un bonus de vingt-cinq mille si elle franchissait la ligne d’arrivée. Pour lui prêter main forte avec le blogue, on lui remettait un nouvel ordinateur portable et un authentique appareil photo, une carte pour prendre le métro à volonté, un abonnement au centre de conditionnement physique, un épais carnet de bons d’achats valables dans plusieurs restaurants et boutiques et des chèques-cadeaux. Elle n’aurait presque rien à débourser. » C’est cette expérience qu’on suit au fil du roman et ce ne sera pas toujours simple…
D’autant plus que la grand-mère, à l’extérieur, héberge dans sa cave une famille de réfugiés ivoiriens menacés d’expulsion. Eux non plus n’ont pas le droit de mettre un pied dehors.

Un autre personnage fort du roman c’est Chantal qui, elle aussi, vit dans la ville souterraine mais pas pour les mêmes raisons que Daphne. À 15 ans, elle a fugué et trouvé refuge dans le monde d’en bas. Sa clandestinité, ses stratégies pour rester invisible tout en parvenant à se nourrir, nous donnent un point de vue très différent sur la vie (la survie) dans cet univers hyper surveillé par des caméras et des vigiles.
Daphne et Chantal vont bien sûr se rencontrer.

D’autres personnages vont aussi jouer un rôle important dans cette histoire et notamment Marius, chargé par l’agence de publicité de contrôler le respect des règles par Daphne et l’aider éventuellement dans la gestion du blog. Il va se montrer plus complice que surveillant.
Outre le rythme soutenu de la narration accompagnant plusieurs personnages simultanément, la lecture du roman nous offre le plaisir d’expressions imagées propres à la "parlure" québécoise. On ne s’ennuie pas une seconde, on sourit souvent, tant pour la langue que pour l’humour des situations, et on découvre de page en page un univers souterrain difficile à imaginer quand on se balade seulement en surface. Un roman original aux personnages attachants, le troisième de l’autrice mais le premier traduit en français.

Serge Cabrol 
(02/05/25)    



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Phyllis RUDIN, Le monde d’en bas
Mercure de France

(Février 2025)
416 pages - 24,50 €

Version numérique
17,99 €


Traduit de l’anglais
(Canada) par
Antoine Guillemain









Phyllis Rudin
vit à Montréal.
Le monde d'en bas est son troisième roman, le premier traduit en français.