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Photo Poche

Sebastião Salgado



Les photos présentées dans cet ouvrage ont été prises par Sebastião Salgado entre 1980 et 1996. Christian Caujolle propose une biographie très éclairante de ce Brésilien qui se destinait à une carrière économique. Alors qu’il travaillait à Londres pour l’organisation internationale du café, il découvre l’Afrique et commence à photographier. Il s’agit pour lui de témoigner, au moyen de ses photos, de la situation du tiers-monde. Après avoir couvert en 1974 la révolution des œillets au Portugal et au Mozambique, il entre à l’agence Gamma. Ses reportages ne courent pas après l’actualité mais privilégient le long cours, « là où il ne se passe rien d’autre que la permanence d’une situation ».

En 1979, il rejoint l’agence Magnum. Il rend compte du mode de vie des paysans latino-américains, dans une vision « qui fait voisiner la misère et la tendresse », ses points de vue « placent l’homme au centre de la préoccupation. »

En choisissant le noir et blanc, il fonde une « esthétique globale inséparable du propos ». Il explore tout ce qui est en train de disparaître de l’activité humaine, « un hymne à la classe ouvrière ». « Épuisement des corps, douleur des gestes, […] toujours sous des lumières qui soulignent les positions, exaltent l’effort, explorent les relations. »

Les photos que Salgado a rapportées du Sahel dont les populations meurent de faim imposent respect et dignité. « Leur précision, leur beauté même nous dérangeaient parce qu’elles s’opposaient aux clichés environnants et nous obligeaient à regarder. »

Ces enfants qui s’abritent du froid sous des couvertures au Mexique, donnent l’impression de se faire dévorer par un cactus géant, grâce au cadrage de la photo.

Deux jeunes garçons assis dans la même position, pareillement habillés fixent l’objectif impassibles. Derrière eux, des cactus jouent avec la lumière, et plus loin, une vallée et des montagnes. Nous sommes dans la plus haute région des Andes en Équateur.

Une immense statue de la Vierge, de dix mètres de haut. À ses pieds, une femme prie. Elle est de dos et penchée. Une autre femme regarde l’objectif. Elles semblent minuscules tant la Vierge est démesurée.

Dans un centre de nutrition pour enfants en Éthiopie, trois enfants fixent l’objectif, une couverture enveloppe leur corps et leurs cheveux. Leur regard est insoutenable, tant il traduit l’incompréhension de leur sort.

Un squelette d’enfant à peine vivant est pesé pour ajuster les rations au Mali. Il ne peut même plus tenir sa tête, il n’a plus que la peau sur les os de ses bras et de ses jambes. On ne voit que le cahier où son poids sera consigné et un agneau en partie caché. L’absence des humanitaires sur cette photo, place le regardeur seul face à cet enfant mourant, c’est glaçant.

Des réfugiés du Tigré, en Éthiopie, s’abritent sous un grand arbre. « Le soleil, en rais diffractés, nimbe la scène comme dans la grande peinture religieuse. »

Les victimes de mines au Laos et au Cambodge disent l’abomination de cette arme.

Une photo prise au Koweït pendant la guerre du Golfe, montre au premier plan un cadavre de soldat, son casque et son arme à côté de lui, les bras figés dans son dernier mouvement. Au loin, des puits de pétrole en flammes ponctuent l’horizon.

Les ouvrières et ouvriers de la mine de charbon de Dhanbad en Inde ont des corps épuisés, ils portent des charges bien trop lourdes dans leurs paniers faits à la main. Trois ouvriers, dont la coiffe évoque les Sikhs, ont le visage noirci, seuls les yeux et la bouche ont échappé à la poussière de charbon. Un piolet sur l’épaule, leur regard plein de fierté nous interroge au plus profond de notre conscience.

Chaque photo est un cri d’alarme, auquel nous restons perpétuellement sourds.

Nadine Dutier 
(13/03/25)    



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Actes Sud
Photo Poche

(Février 2025)
144 pages - 14,50 €


Introduction de
Christian Caujolle













Sebastião Salgado,
né au Brésil en 1944, a commencé sa carrière de photographe à Paris en 1973 et travaillé successivement avec les agences Sygma, Gamma et Magnum, jusqu'en 1994 avant de fonder sa propre agence.

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