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Danièle SALLENAVE


La splendide promesse
Mon itinéraire républicain



"La splendide promesse", c’est celle de la République de 1789 et 1793, celle revue par Victor Hugo, qui promet un avenir meilleur notamment avec l’instruction. Le sous-titre devient logique, c’est l’itinéraire d’une républicaine, son autobiographie politique en quelque sorte qui, comme elle le dit de Simone de Beauvoir et de ses mémoires, est un exemple et non l’exemple. Cet itinéraire prend racine dans le terroir d’Anjou avec des parents instituteurs. L’autrice dit de son père : « Doté d’un caractère fragile, d’un jugement sûr, d’une mémoire sans faille, d’une grande habileté manuelle et d’une belle écriture, c’était un instituteur modeste, mais dans sa modestie, il était bien plus que cela. Il était le représentant de l’alliance particulière qui s’était nouée en France entre le peuple et un régime politique, autour de deux notions, la justice sociale et l’instruction qui est bien plus que l’apprentissage de l’orthographe et du calcul mental : la connaissance de l’histoire et de la géographie de la France, une manière de se former en apprenant à habiter l’espace et le temps, à s’en servir en les servant. » Voilà, la république ne peut être que sociale (et non sociétale) et développer une grande instruction (plutôt qu’une éducation).
Les années de formation en Lettres classiques se feront en internat puis les classes préparatoires et l’ENS à Sèvres. Elles se dérouleront sur fond de guerre d’Algérie. Et, en même temps que ses "humanités", se développe son féminisme. « …dans ce long cours de formation que m’a offert l’école républicaine, j’ai acquis pour toujours une vision égalitaire du féminisme. Rien ne doit être refusé aux femmes parce qu’elles sont femmes ; rien ne doit leur être accordé parce qu’elles sont femmes. » Ce qui plus tard sera complété par « pas de lutte des classes sans féminisme et pas de féminisme sans lutte des classes ». Puis viennent les années d’enseignement, d’abord au lycée Félix-Faure de Beauvais et, plus longuement, trente années à Paris X-Nanterre.
Ces années sont des années de rencontres, d’écriture et de voyages. Sans la chronologie que tient "l’itinéraire républicain", on peut citer l’amitié avec Jean Ristat et les séjours dans le Midi avec Aragon, l’amitié avec Antoine Vitez des quartiers d’Ivry au Théâtre de Chaillot, sans parler d’écrivains tchèques, russes ou roumains.
Les voyages du début sont ceux de la latiniste et de l’helléniste, à Rome et en Grèce, puis vont s’orienter vers l’Est, dans les pays du « mensonge déconcertant ». Est-il besoin de dire à quel point la petite républicaine en galoches tire leçon et profit de ces voyages, de ces rencontres, de ces découvertes ? Car comme dans la lecture, l’altérité permet d’avancer, de se construire. « J’ai évoqué dans L’églantine comment mes séjours dans la capitale tchécoslovaque m’avaient conduite à adopter face à la question religieuse une position nouvelle, eu égard à l’héritage que j’avais reçu : une incroyance affirmée, une défiance envers les religions, une vigilance inquiète face à leur intervention toujours possible dans la vie sociale et politique. »
Se mêlent à tout ça l’écriture, plus « le récit d’une aventure » que « l’aventure d’un récit », les romans et les interventions dans des revues : Digraphe, Les temps modernes, Le messager européen… Au total, une trentaine de livres et une entrée à l’Académie française où elle fait des propositions pour adapter l’œuvre de l’institution à notre monde, sans renier le rôle de ses origines.
Pardon, chère professeure, toujours attentive à la parole d’en bas (Jojo, le Gilet jaune) pour cette recension qui en présentant le livre de 486 pages, le réduit fatalement, le trahit. Récit d’une vie à la recherche de "la splendide promesse", ce texte est d’une grande richesse et interroge le lecteur qui souhaite un monde meilleur, non appauvri par le néolibéralisme.

Michel Lansade 
(25/07/25)    



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Lectures









Danièle SALLENAVE, La splendide promesse
Gallimard

(Février 2025)
528 pages - 24 €

Version numérique
16,99 €








Danièle Sallenave
née à Angers en 1940, enseignante et écrivaine, a publié de nombreux ouvrages, obtenu plusieurs prix littéraires dont le Renaudot et a été élue à l’Académie française.