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Charles SALLES


Lagarce, fiction


Voilà ce que l’on appelle un livre réussi. Langue, profondeur de ton, contenu passionnant, tout s’y trouve. S’y trouve bien sûr Jean-Luc Largarce, lui qui est le sujet du nouvel opus de Charles Salles. Le premier, il l’avait consacré à Alain Pacadis, c’est dire s’il aime s’attaquer à des figures voire des légendes.

Il aime aussi jouer avec les genres et la biographie. Le titre Lagarce, fiction nous indique d’emblée que la biographie va en effet flirter avec l’invention, l’imaginaire. C’est un Jean-Luc Lagarce mi-vrai mi-faux que nous rencontrons donc ici. Il n’en pas moins réel. Au contraire. Il est, au fond, la fiction de lui-même, ce qu’il a été autant que ce qu’il a peut-être été.

Pour en arriver à cet effet de réalité, Charles Salles a une connaissance aiguë du dramaturge. Non seulement, il a lu son œuvre mais aussi sa correspondance et des essais sur lui. Il a également eu accès aux archives de Jean-Luc Lagarce. L’ouvrage nous présente ainsi des lettres du dramaturge ou des pages de son journal, celui qu’il tenait au jour le jour.

Mais de tous ses documents, Charles Salles a fait son œuvre propre. Se mettant dans les pas de Jean-Luc Lagarce, il a créé une pièce de théâtre qui donne tour à tour la parole au dramaturge lui-même et à tous ceux qui ont compté dans son ou plutôt ses parcours. Son parcours professionnel évidemment, où sont par exemple convoqués les Attoun, qui ont fait connaître ses pièces dès ses débuts, sur France Culture puis par le biais de leur maison d’édition Théâtre ouvert. Son parcours familial également, où prennent la parole son père, sa mère et son frère. Son parcours amoureux aussi, où l’on entend cette fois les hommes et les femmes qui l’ont aimé, platoniquement ou furieusement. Tous ces êtres qui, à leur façon, ont fait Jean-Luc Lagarce bien qu’il se soit surtout fait lui-même, grâce à la confiance qu’il avait en ses capacités mais, plus que tout, grâce à son travail acharné.

Charles salles invite aussi sur scène un personnage essentiel : un chercheur sur le sida. Puisque le dramaturge en est mort, autant tout connaître de ce virus. C’est le rôle de ce personnage de nous l’apprendre.

Le texte pourrait être joué et le sera probablement, on ne peut que l’espérer. Le livre est en tout cas une véritable pièce. À chaque chapitre son plateau et le personnage s’exprimant au lecteur qui est déjà public. Lisant, on se voit, oui, sur un siège en train d’assister au spectacle et d’écouter les monologues de chacun, chacune. Ceux des parents sont poignants. Ceux de Jean-Luc Lagarce réinventé ne le sont pas moins. Bien sûr, aucun pathos – un connaisseur de Jean-Luc Lagarce comme l’est Charles Salles ne pouvait tomber dans ce travers. Il y a plutôt de l’humour, du corps, du sexe, de la vie qui se bat, qui s’acharne. Puis qui meurt. Mais meurt dignement puisque Jean-Luc Lagarce, jusqu’au bout, s’est tenu droit.
Ce livre lui rend hommage à la hauteur de son courage.

Isabelle Rossignol 
(08/09/25)    



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Lectures







Charles SALLES, Lagarce, fiction
La Table Ronde

(Août 2025)
240 pages - 21 €









Charles Salles

a obtenu le prix du Premier Roman 2023 pour Alain Pacadis, Face B.