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Léa SIMONE ALLEGRIA

Douce Menace


Avait-elle cru qu’une image peut capturer l’amour, lui interdire de se dissoudre ? En cet instant de grâce, nimbée d’une discrète auréole, Alba s’en persuade. Alors adossé au mur, vicolo del Divino Amore, Nino prend sa photographie sur la marche exacte où Michele avait peint Lena Antognetti, sa Lena, en Vierge de Lorette.

Alba, revendeuse d’art, rejoint son amant, venu faire la promotion d’un de ses livres, à Rome. Elle tremble d’impatience mais retarde le moment où elle va le retrouver à l’hôtel en entrant dans une boutique d’antiquités au vendeur revêche. Elle y découvre un tableau crasseux, une copie du Petit bacchus malade de Caravage et l’achète. Nino est tout de suite mal à l’aise devant ce jeune homme au teint livide, aux yeux fiévreux qui semblent le narguer alors que la putréfaction de la mort l’a peut-être déjà atteint. Nino ressent ce tableau comme un mauvais présage.

Dans la Rome d’aujourd’hui, les déambulations des jeunes amants vont croiser celles de Michelangelo Merisi da Caravaggio que l’on découvre en 1597, pratiquement mourant de la malaria à l’hospice de la Consolation, puis se remettant peu à peu et devenant le grand peintre dont on admire aujourd’hui les œuvres. Au fur et à mesure de l’enquête que mène le couple sur cette copie qui leur semble décidément plus vraie que le tableau accroché à la villa Borghese, on entre en parallèle de plus en plus dans l’intimité du peintre.

Le lecteur est pris par les péripéties de l’enquête menée par Alba, très calée en histoire de l’art, où elle entraine un Nino de plus en plus réticent. Porté par le style chatoyant d’une narratrice semblant vivre elle aussi à la fin du seizième siècle, le lecteur est captivé par les épisodes de la vie tumultueuse et sombre du Caravage reconstitués d’une manière magistrale.

Assis devant sa toile préparée en sombre avec les os des morts, Michele se perd dans la surface pétrie de lucioles. Son noir lui semble désespéré. Il a la profondeur du condamné qui par tous les moyens cherche la rédemption. L’hypocrisie du repentir, songe-t-il. Il a soif. Il porte la main à ses lèvres gercées, si énormes sous l’effet des contusions qu’il peine à les tenir fermées. Il sent une odeur étrange au bout de ses doigts.

J’avoue avoir dévoré ces histoires de passion, celle d’Alba et Nino sous l’emprise d’un tableau et d’une dangereuse quête d’authenticité qui va forcément les forcer à s’interroger sur la clandestinité de leur couple, d’où le choix, sur la couverture, du tableau Narcisse, qui se découvre dans le miroir de l’eau sur lequel il se penche ; bien sûr, la passion du Caravage pour la peinture et celle, aussi, de l’autrice, pour la question de l’authenticité que ce soit en art ou en amour. Qu’est-ce qui fait d’un tableau un chef-d’œuvre, d’une relation amoureuse, une histoire d’amour ?

Sylvie Lansade 
(10/11/25)    



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Albin Michel

(Août 2025)
256 pages - 20,90 €
Version numérique
14,99 €










Léa Simone Allegria
est artiste, galeriste
et romancière.
Douce menace est
son troisième roman.