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Marie SIZUN

L’absent


Pourquoi écrire tout ceci ? Qu’est-ce que c’est ce fatras ? Des notes ? Pourquoi faire ? Recensement de souvenirs dans l’espoir naïf de garder quelque chose de ce qui a été, quand je n’ai plus rien, veuve déshéritée d’un tel amour ! C’est pourtant le seul plaisir qui me reste et auquel je voudrais passer beaucoup plus de temps. Texte encore informe, que je reprends chaque jour avec bonheur, maison secrète où je m’évade, où je te retrouve, récréation au milieu des devoirs de la vie ordinaire. Échappée hors de ce qui est prescrit, licite […]

La narratrice vient de perdre l’amour de sa vie, un homme marié à une autre, et ce deuil qu’elle ne peut porter, dont elle ne peut parler, elle « la veuve déshéritée » qui ne pourra garder aucun souvenir concret de celui qu’elle aime, trouve un exutoire à sa douleur en se livrant totalement, en écrivant l’histoire de cet amour caché.

La rencontre, les moments de vie à deux, « comme une récréation », si lumineux sur fond d’absence lancinante ; les rendez-vous, volés aux obligations pour elle, elle est écrivaine, à la famille, pour lui, comme des parenthèses enchantées. Les allers et retours en train entre Paris, chez elle, et Bruxelles, la ville où il vit, échappées enchanteresses. Mais cette absence déjà déchirante du temps où il était vivant devient une torture depuis l’absence irrémédiable.

Je songe à un passage de l’Illiade […] Il s’agit de la tendre déploration d’Andromaque […] : Tu n’auras pas, de ton lit, tendu vers moi tes bras mourants ! Tu ne m’auras pas dit un mot chargé de sens, que je puisse me rappeler, jour et nuit, en versant des larmes !

Marie Sizun a écrit là un magnifique roman d’amour où bonheurs, éclats de soleil, se succèdent aux nuages chagrins en un ciel constamment changeant ; une réflexion bouleversante sur la présence-absence de ceux que l’on aime, sur le scandale de l’absence définitive.

Si tu pouvais, quand je vais mal, quand les choses n’ont plus de sens, poser rien qu’un instant ta main sur la mienne, ou même juste l’effleurer, le temps que je te reconnaisse, que je sache que tu es là, tout près.

Sylvie Lansade 
(14/04/25)    



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Lectures







Marie SIZUN, L’absent
Arléa

(Mars 2025)
202 pages – 19 €

Marie SIZUN, L’absent
Folio

(Septembre 2026)
192 pages – 8,10 €



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