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Marc TRÉVIDIC


Huitième section


« Permanence criminelle : 1er jour (2 heures)
Encore un cadavre dont personne ne voudra ! Ce fut la première pensée qui traversa l’esprit de Lucien Autret, et la probabilité qu’il se trompe était aussi fine que le crachin, à peine perceptible, qui commençait à tomber sur le quai de la Rapée. L’observateur de la brigade criminelle n’était pas encore arrivé mais chacun savait déjà que le substitut du procureur confierait le bébé à la 4° division de police judiciaire. Les policiers du XII° arrondissement faisaient les premières constatations sans se faire d’illusions. »

            Dans cet incipit nous avons un aspect du roman qui correspond au titre Huitième Section du parquet de Paris où Lucien Autret est substitut du procureur et pendant une semaine de permanence s’occupe de tous les homicides de la capitale. Cet aspect, c’est celui de la huitième section qui vit ses derniers jours, la pénibilité de la permanence, mais l’amour du métier, et plus largement celui de la justice dont toutes les étapes nous sont données, du rapport avec la police auxiliaire de justice. Passionnant parcours que l’on découvre de « l’intérieur » avec un narrateur omniscient classique.

            Parmi les homicides de la permanence, « l’affaire de la poubelle ». « – La Crim’ fouille dans les poubelles ? L’adjointe du chef de groupe, la capitaine Margot Dinan, répondit à la place de son chef en arborant un large sourire : – Ah ben non, monsieur le procureur. Nous n’avons touché à rien. À vous l’honneur. Elle acheva sa phrase en désignant d’un geste ample et solennel une grande poubelle de la Ville de Paris, isolée de ses semblables par un périmètre de sécurité dessiné sur le sol grâce à une bombe de peinture rouge, probablement saisie à un tagueur quelques jours plus tôt. » Dedans, un corps d’homme corpulent, en position de fœtus et surtout, le plus intrigant, tanné.

            En même temps que commence l’enquête, débute la narration de Ness. « Mon vrai prénom est Nesrine, mais on m’a toujours appelé Ness. Tant mieux, parce que Nesrine, c’est moche et ça fait penser à Mesrine, le criminel. En 1981, année de ma naissance, il n’était pas à la mode au Maghreb, [précisément à Fès] mon père l’a choisi parce qu’il pensait qu’avec un prénom pareil, une fille ne pouvait qu’avoir du caractère. Or il en faut beaucoup à une fille, au Maroc, pour sortir du lot. En arabe, Nesrine signifie « fleur sauvage » et mon père me disait souvent que j’étais effectivement une jolie fleur et une petite sauvage. » Elle raconte sa vie et celle de ses sœurs, Nadia, l’ainée, et Youssa, Zineb, les jumelles. La misère qui arrive à la mort du père et le sort de sa mère veuve.
Ainsi nous avons l’enquête du parquetier et de la police et la narration de Ness qui se mêlent, se tressent jusqu’au dénouement.

            Huitième section est un passionnant roman qui nous fait voyager dans la justice française et dénonce le sort des femmes au Maroc, nous donnant deux visions différentes mais complémentaires de la même affaire. Il présente des personnages complexes aux forts caractères, dans une écriture remarquable.

Michel Lansade 
(30/01/25)    



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Noir & polar








Marc TRÉVIDIC, Huitième section
Série Noire
(Octobre 2024)
272 pages - 20 €

Version numérique
14,99 €









Marc Trévidic,

né en 1965, magistrat et écrivain, est l’auteur d’une dizaine de livres.

Bio-bibliographie
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