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Ce livre est sous-titré Enquête romanesque et il est intéressant à la fois pour le lieu où il a été écrit et le sujet de cette enquête. En chapitres alternés, on avance en naviguant ainsi entre le présent et le passé. « Un endroit où ouvrir ma mallette Fondane, au calme. C'est ainsi que j'ai immédiatement imaginé le Belvédère. Voilà pourquoi j'ai accepté la proposition d'Elsa Osorio, sans hésiter. » Au fil du livre, Laura Alcoba nous fait visiter ce lieu étrange construit à la fin des années 20 en raison de la différence d’écartement des rails entre la France et l’Espagne. Les voyageurs devaient pouvoir se sustenter puis passer la nuit pendant le changement des essieux. Nous profitons même d’une visite avec la guide de l’hôtel et l’autrice imagine les personnes qui ont fréquenté cet hôtel à l’époque. Mais l’essentiel du roman est tout de même l’enquête qu’elle a menée autour de Benjamin Fondane et de son film disparu. « J’ai plein de papiers dans une grande mallette, ça fait des années que je glisse toutes sortes de choses là-dedans. Mais il est temps que j’explore ce qu’elle contient. Pour en tirer un livre peut-être. » Et donc, en chapitres alternés, nous faisons connaissance avec Benjami Fondane en commençant par sa rencontre à Paris en 1929 avec Victoria Ocampo « directrice de la revue Sur et éternelle mécène ». Poète et philosophe, passionné par le surréalisme et l’avant-garde, il lui fait découvrir le cinéma muet qu’il défendait et notamment Entr’acte de René Clair (scénario de Picabia et musique d’Éric Satie) sorti en 1924. En 1936, Victoria Ocampo l’invite à nouveau à Buenos-Aires. Elle soutient son projet de film, trouve des producteurs argentins et même les comédiens et musiciens. Au fil des chapitres, on suit tous les détails de son enquête, tout ce qu’elle a pu apprendre et reconstituer. On accompagne Benjamin Fondane en Argentine, on partage ses réflexions, ses pensées amoureuses et cinématographiques, on vit dans les coulisses du film… En 1938, Benjamin Fondane obtient la nationalité française et donc, en 1940, il est mobilisé dans un régiment d’infanterie. Il est fait prisonnier par l’armée allemande le 17 juin. Il s’évade mais en juillet 1943 une nouvelle loi retire la nationalité française aux juifs naturalisés après août 1927. Il sort de moins en moins mais, avec sa sœur Line, ils sont arrêtés le 7 mars 1944. Benjamin pourrait être libéré de Drancy parce qu’il est marié avec une aryenne mais sa sœur, célibataire, juive et roumaine, n’est pas autorisée à quitter le camp. Benjamin refuse d’abandonner Line. Ils sont déportés à Auschwitz en mai 44 où ils sont assassinés quelques mois plus tard. Benjamin Fondane avait 45 ans. Le livre de Laura Alcoba est très intelligemment construit, on navigue entre Cerbère et Buenos-Aires en passant par Paris et on s’immerge dans la littérature, la musique et le cinéma des années 30. Un ouvrage tout à fait passionnant. Serge Cabrol (07/05/26) |
Sommaire Lectures ![]() Gallimard (Février 2026) 208 pages - 20 €
Bio-bibliographie sur Wikipédia Lire sur notre site un article concernant un autre roman de Laura Alcoba : ![]() Le bleu des abeilles |
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