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Mariana ALVES


La classe et la fonction


Voici un excellent texte, entre roman et autobiographie, qui se lit très rapidement avec un grand intérêt. C’est très réussi pour évoquer le sentiment de honte.

Le point de vue est celui de la « Grande petite ». Ses parents sont d’origine portugaise. Sa mère est arrivée en France dans les années 1980 puis elle rencontre son père, un jeune Portugais arrivé en France avec sa moto et son tourne-disque. Elle est gardienne dans un immeuble du XVIe arrondissement à Paris. Ils vivent à quatre dans la minuscule loge avec les toilettes et la salle de bains à l’extérieur. Sa mère qui adorait les fleurs avait disposé des plantes dans la cour de l’immeuble mais « les Autres », les habitants de l’immeuble, votent pour l’interdiction dans la cour !

La « Grande petite » n’a pas le droit de prendre l’ascenseur si elle veut monter dans les étages, elle doit prendre l’escalier de service. Elle subira de nombreuses humiliations comme ses parents.
Elle est scolarisée dans le XVIe arrondissement, elle réussit très bien scolairement. Elle est invitée chez des copines dans de très beaux appartements et « bien sûr », elle ne peut pas les inviter chez elle.

Ses parents sont utilisés par les Autres qui considèrent la loge comme à leur disposition, jour et nuit.
Le manque d’intimité est terrible pour la Grande petite. « Mais l’intimité était devenue son tribut de guerre, elle n’allait pas le lâcher si facilement. »

Le rôle des gardiennes et des gardiens d’immeuble est souvent invisibilisé.
« Il y avait surtout les Nouveaux. Ceux dont la fortune ne provenait pas d’une vieille famille. Qui ne sont pas établis dans le quartier depuis des générations. Des nouveaux riches qui ont l’appât du gain et surveillent chaque sortie d’argent. Pour eux, la loge est une dépense qu’ils exploitent et dont ils voudraient se débarrasser. »

Le peu de remerciements s’ajoute aux humiliations, à l’exploitation, au sentiment d’être invisible et cela montre bien les rapports de classe qui persistent alors que les gardiennes et les gardiens d’immeuble jouent un rôle essentiel pour le bien-être des habitants.

L’écriture de Mariana Alves est incisive et emplie d’humour. Une belle réussite pour un premier roman. À suivre.

Brigitte Aubonnet 
(28/05/26)    



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Chandeigne & Lima

(Février 2026)
112 pages - 18 €




Mariana Alves
est née à Paris dans les années 1980. Comme « la Grande petite », elle a grandi dans le cossu XVIe arrondissement, auprès de parents gardiens d’immeuble.