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Pierre de Valévoux
N’est-ce pas le livre en question ?
Qui a déjà lu Philippe Annocque sait qu’il est un joueur, un grand joueur avec les lecteurs. Dans son précédent livre, Avec mon stylo / Sans son stylo, publié aux éditions Do comme celui-ci, il avait gommé le nom de l’auteur et, cette fois, jouant encore, il l’a changé. Pourquoi ? Fallait-il qu’il se cache pour ce livre-ci ? Si oui, qu’avait-il à cacher ? Ou voulait-il que l’on entende « valez-vous » dans « Valévoux » ? Et que l’on pense à une pierre en lisant « Pierre » ?
On peut en faire l’hypothèse une fois le livre lu, où il est souvent question de notre valeur. Que valons-nous, nous les humains que nous sommes ou ne sommes peut-être pas ? Valons-nous plus ou mieux qu’une pierre ? Mais quelle pierre alors ? Et pourquoi ?
Ces questions donnent le vertige et elles ne sont pourtant qu’un échantillon de toutes celles que Pierre de Valévoux ou Philippe Annocque nous pose. Et n’attendez surtout pas que l’un ou l’autre vous réponde. N’est-ce pas le livre en question ? ne répond à rien. C’est le livre des questions, uniquement cela. Et c’est étrange autant que jouissif à lire.
Bien sûr, on peut se demander si un livre uniquement composé de questions est un livre. L’auteur le sait si bien qu’il nous pose cette question-là dès les premières pages. Ce faisant, il nous interroge : qu’est-ce qu’un livre ? Un livre devrait-il forcément raconter une histoire ? Devrait-il forcément être un roman ? Devrait-il forcément être une fiction ? Qu’attendons-nous donc d’un livre ? Et de son auteur ?
Interpellés, nous cogitons. Et Philippe Annocque le sait de nouveau, nous interrogeant donc sur cela, notre statut de lecteur qui se demande si lire des questions suffit à faire un livre alors que, peut-être, nous aimerions lire une histoire. Sauf que ce livre, l’auteur nous le fait comprendre peu à peu, a bel et bien une histoire. Et cette histoire, c’est nous : nous qui lisons, nous qu’il interroge, nous qu’il met en quelque sorte sous les feux de la rampe en nous donnant, le temps de notre lecture, le temps de nous arrêter sur notre identité, notre vie, notre existence, nos faux semblants et tant d’autres thèmes qu’il faut découvrir en allant lire le livre.
On en sort comme l’auteur le souhaite ou nous y invite : un peu différent. On garde en effet toutes les questions dans un coin de sa tête et on se doute que certaines nous pouruivront. On a en d’ailleurs mémorisé quelques-unes, que l’on a fait siennes ce jour-là, au gré de son humeur ou de son vécu. Puis on viendra rouvrir le livre et on en glanera d’autres. On s’y répondra en se rappelant Lacan et son célèbre : « On ne se pose de questions que là où on a déjà la réponse. » On savourera alors le petit pouvoir de savoir se répondre. Et on remerciera l’auteur de N’est-ce pas le livre en question de nous avoir permis cela : se souvenir que tout est dans la question.
Isabelle Rossignol
(02/06/26)
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Lectures

Do
(Mars 2026)
90 pages - 13 €
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Avec mon stylo
Sans son stylo
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