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Patrick AUTRÉAUX


Avenue des Amériques


L’auteur exerçait la médecine jusqu’au moment où il a été atteint d’un cancer des intestins au milieu de la trentaine. Il pense qu’il va mourir et cette perspective entraîne bien sûr de profondes réflexions. Quand après les chimios, il apprend qu’il est en rémission puis guéri, il refuse de reprendre sa vie comme avant.
« Dès que les médecins parlèrent de rémission, c’est ce qui se mit à hurler en moi. J’avais beau être soulagé, je sentais un frein pour tout retour. J’ignorais comment et quoi changer, mais je ne pouvais, sans exploser, reprendre le cours des choses. Et je le criais. »
La médecine, c’était un choix d’ascension sociale. « C’est mon grand-père maternel surtout qui m’avait poussé à étudier, comme il l’avait tenté avec ses filles. » Et il est fier d’être devenu médecin. Mais il existait en lui un désir plus profond : apprendre, découvrir, rencontrer, voyager, écrire…

Voyager et rencontrer, il en avait déjà eu l’occasion. Un premier séjour aux États-Unis à l’adolescence. Et puis la rencontre de l’amour, le compagnon qui devient son mari, le « tu » de ce livre, que sa carrière universitaire installe aux États-Unis, ce qui signifiait pour l’auteur des allers-retours réguliers entre les deux pays.

L’auteur évoque ces périodes, avant et après la maladie, l’entrée dans l’écriture, la douzaine de livres déjà publiés. Et une personne qui a été importante dans ce parcours atypique, Génia. C’est son adresse qui donne son titre à ce livre. À New-York, Genia habitait dans le quartier de Chelsea, un studio donnant sur la Sixième avenue qu’elle appelait "l’avenue des Amériques".
C’est une dame plus âgée que lui, metteuse en scène, passionnée de littérature et de théâtre, connaissant beaucoup d’artistes. Il l’a rencontrée chez un couple d’universitaires pour une soirée d’anniversaire avec un récital. « Après un moment à écouter, m’observant à la dérobée, elle avait murmuré : On se fait un peu chier ici, vous ne trouvez pas ? J’avais senti un grand sourire fendre mon visage. […] C’était décidé je voulais connaître cette femme. »
Ils se revoyaient toutes les semaines, bavardaient, et elle poussait le jeune homme dans ses retranchements pour qu’il aille au bout de ses désirs.

L’auteur évoque aussi son accession à la citoyenneté américaine, après vingt ans d’itinérance, et la difficulté de déclarer qu’il aime l’Amérique. Quelle Amérique ? Celle de sa Constitution et de tous ceux qui se sont opposés à l’esclavage, au racisme, à la guerre au Vietnam, oui. Mais pas celle qui se roule dans la boue depuis l’arrivée au pouvoir du "bouledogue à crinière orangée" dont il refuse même de citer le nom. Relation ambiguë, entre fascination et détestation, pour ce pays de contrastes.

L’autre pays de cœur, c’est le Vietnam, où l’auteur a eu plusieurs fois l’occasion de séjourner et dont il parle longuement avec passion. Notamment de ce voyage avec un homme qui lui a envoyé un mail, s’identifiant à l’un de ses personnages. L’auteur a répondu, ils se sont rencontrés, et peu à peu cet homme a pris une grande place dans sa vie. L’auteur et son mari ne sacralisent pas l’exclusivité. « Je t’avais aimé et je t’aimais aussi parce que tu n’avais jamais vécu comme une menace que je cherche ailleurs ce que tu ne m’apportais pas. Et c’était mutuel. J’avais voyagé sans toi, eu d’autres amis et amants que toi. » Mais la relation avec cet inconnu, "homme réel sorti d’un de mes livres", devient peu à peu inquiétante. L’auteur se sent sous emprise. « Dès lors, je ne m’étais plus employé qu’à me débattre, à me dénouer, à m’arracher – pour me sauver. »

Ce très beau livre nous fait partager les passions de l’auteur, les pays et les personnes qu’il rencontre et qu’il aime, les épreuves qu’il surmonte, les réflexions qui motivent ses choix souvent difficiles, cornéliens, même si l’écriture est au cœur de tout, l’écriture qui lui a fait renoncer à une carrière qu’il ne désirait plus, qui l’a entraîné vers une existence à laquelle il aspirait profondément, faite de lectures, de rencontres, d’études, de réflexions, de voyages et d’écriture. Un auteur exigeant en amour comme en littérature.

Serge Cabrol 
(16/07/26)    



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Patrick AUTRÉAUX, Avenue des Amériques
Gallimard / Sygne

(Mai 2026)
256 pages - 21 €

Version numérique
14,99 €








Patrick Autréaux
a déjà publié
une douzaine de livres.


Visiter le site de l'auteur :
www.patrickautreaux.fr









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