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Nina BOURAOUI
Avant les hommes
Le nouveau roman de Nina Bouraoui campe son héroïne dans une longue et magnifique scène. S’y trouve une jeune fille, l’héroïne narratrice, dans ce que l’on devine être une cité, en train de frapper une balle de tennis contre un mur au pied de son immeuble. Cette unité de lieu, en plus de sa singularité, apporte un point de fixité au récit, comme si l’autrice avait voulu que nous aussi, nous les lecteurs, participions à la scène afin de devenir peu à peu cette jeune fille qui frappe.
Et c’est le cas.
Plus on découvre la narratrice, plus on adhère à ce qu’elle est, à ce qu’elle vit. On adhère à sa colère et surtout à son rêve, son rêve suprême : partir de l’autre côté de la montagne et trouver un autre monde : le Monde des femmes. Ce serait bien sûr un monde idéal, où les femmes n’auraient plus à subir la violence des pères, des frères, des garçons, des hommes.
Car cette jeune fille qui frappe sa balle vit au « pays des hommes qui tuent les femmes ». Ce pays, qui relève de la fable puisqu’il n’est jamais nommé autrement que par cette métaphore, est un pays que l’on reconnaît pourtant. Il est LE pays, il est tous les pays à la fois où les femmes subissent la violence masculine.
La narratrice en connaît hélas beaucoup en la matière. Elle est même devenue, et c’est le pire pour elle, violente à son tour. La violence naît en effet de cette façon, nous rappelle Nina Bouraoui au travers de cette narratrice, elle naît par reproduction, en particulier lorsqu’elle a eu lieu au sein de la famille.
Comment s’en libérer alors ? La narratrice va choisir la fuite. Ce soir, ce soir où elle frappe sa balle en nous confessant ses actes de violence, elle sait qu’elle ne retournera plus dans sa « famille folle ». Non, elle ne rentrera pas même si, nous confie-t-elle, « il faut du temps pour se défaire de l’emprise des siens quand les siens ont manqué le rendez-vous de l’amour. »
De telles phrases, aussi justes et fortes, le livre en regorge. À chaque page, sa phrase à relever. À chaque page, une vérité sur ce qu’est aimer, ne pas aimer, bien aimer, mal aimer, autant de variantes que la narratrice sait décliner et développer.
Aimer, mal aimer, tel est le sujet de ce roman qui cogne autant que la jeune fille sa balle. Il cogne et il bouleverse. On aimerait parfois prendre cette narratrice dans nos bras et lui donner toute la tendresse que son pays qui tue les femmes ne peut lui donner. Heureusement, son rêve du Monde idéal des femmes de l’autre côté de la montagne la tient debout. Alors, elle ira. Et, même s’il n’existe pas, nous dit-elle, elle sera gagnante. « Je serai championne parce que je serai en adéquation avec ma pensée, avec mes rêves. »
Une magnifique leçon de vie qu’il faut lire et retenir.
Isabelle Rossignol
(17/09/26)
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Lectures

JC Lattès
288 pages - 20,90 €
Version numérique
14,99 €

Nina Bouraoui
a déjà publié
une vingtaine de romans.
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Wikipédia
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