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Nicole CALIGARIS


Le gogol


En lisant le titre du dernier livre de Nicole Caligaris, il va de soi que l’on pense à Gogol, le grand Gogol des Âmes mortes. En ouvrant le livre, on pense encore à lui puisqu’apparaît un personnage, le gogol, qui nous raconte une histoire de manteau, ce qui ne peut que renvoyer à la nouvelle de Gogol précisément nommée « Le manteau ».  

Aller en relire quelques extraits, par exemple le début, peut être utile : « Dans une division de ministère... mais il vaut peut-être mieux ne pas vous dire dans quelle division. Il n’y a, en Russie, pas de race plus susceptible que les fonctionnaires des ministères, de l’armée, de la chancellerie, bref, tous ceux que l’on comprend sous le nom générique de bureaucrates. »

Oui, il peut être utile de relire ce début puisqu’il se trouve que le gogol de Nicole Caligaris raconte son histoire à une femme inconnue qui a maille à partir avec un ministère. Un ministère qui est ici nommé. Il est même désigné, pointé, critiqué, fustigé. Il s’agit du ministère de la culture.

Les fonctionnaires y sont-ils susceptibles ? Le livre ne le dit pas. Ils sont pris dans un système qu’ils alimentent sans chercher à le remettre en question, cela, oui, le livre le dit. Dès que la femme raconte au lecteur ce qu’elle vit (pas au gogol, non, à lui elle ne dit rien, veut simplement qu’il s’arrête, qu’il s’en aille), dès qu’elle prend donc la parole, cette femme nous dévoile et dénonce les rouages de ce ministère et des polichinelles qui le font vivre. En découvrant ces rouages et ces êtres qui broient la littérature, la suppriment même de leur plaquette au profit du mot culture, culture vidée du moindre sens évidemment, on aimerait se croire dans une fiction, se dire que cette femme délire autant avec le ministère que le gogol avec son manteau. Malheureusement, aucun des deux ne délire.

Car à sa façon, le gogol dénonce lui aussi un monde qui ne tourne plus rond, dans lequel on peut perdre la tête pour un manteau comme le héros de Gogol avait perdu son âme pour le sien. La femme, elle, a perdu bien plus : elle a perdu travail et logement. Dans ce bar où elle aimerait que se taise le gogol, devant un serveur qui le souhaite lui-même, elle vit ses derniers instants de non SDF. Et tout cela pourquoi ? Parce qu’elle n’a plus voulu jouer le jeu du ministère. On lui a proposé l’action de trop, une action si inepte que, cette fois, elle l’a refusée.

Cette action, Nicole Caligaris la tire du réel. L’adresse du site où l’on peut en entendre une présentation est d’ailleurs donnée à la fin du livre. Il faut l’écouter. Vous prend aussitôt une monumentale envie de hurler, ce que Nicole Caligaris a dû avoir envie de faire en l’écoutant. Son hurlement est devenu livre, la meilleure réponse à apporter à la bêtise quand ce livre est littérature.

On veut encore y croire. Mais l’heure est grave et le roman de Nicole Caligaris est à lire absolument, comme un roman ou comme un pamphlet, les deux sont possibles.

Isabelle Rossignol 
(09/03/26)   



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Verticales

(Février 2026)
192 pages - 19 €

Version numérique
13,99 €




Nicole Caligaris,
née à Nice en 1959, a déjà publié de nombreux ouvrages pour les adultes et pour la jeunesse.

Bibliographie sur
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