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Charlotte ROTH


Rosa & Leo


Ce roman sous-titré « Le grand amour de Rosa Luxemburg » met en scène Rosa Luxemburg depuis ses dix-sept ans jusqu’à son assassinat et Leo Jogiches, le roi des conspirateurs, beaucoup moins connu du public. C’est un roman qui a un cadre historique mais qui met l’accent sur la personnalité cachée de Rosa ; son humanisme, son goût de l’amitié, son plaisir à être avec des enfants ou des chats, son extrême sensibilité. Elle aime la vie et sait en profiter sans que cela l’éloigne de son combat. Tout cela tranche avec l’image de sanguinaire qu’on lui prête, sa carrière politique, son courage, son dévouement à la cause.

Elle croise des personnalités historiques à Zurich puis à Paris et à Berlin mais on ne comprend pas toujours ce qui l’oppose à certains d’entre eux comme Plekhanov. Pour en savoir plus, l’auteure nous conseille de lire une biographie ou de regarder le film de Margarethe Von Trotta consacré à la vie de Rosa Luxemburg.

Il est vrai que ce personnage est fascinant. Étant enfant, une maladie cloue Rosa à cinq ans au lit pendant un an. Elle en profite pour apprendre à lire mais souffre beaucoup d’être éloignée de ses frères et des jeux d’enfants. Alors qu’elle n’a que dix-sept ans, elle doit fuir sur une charrette de foin sa Pologne natale car recherchée par la milice du tsar. Elle s’installe à Zurich et commence des études mais fréquente déjà d’autres réfugiés et rédige des articles pour les journaux socialistes. C’est à Zurich qu’elle rencontre Leo.

Lui aussi a dû fuir sa patrie, la Lituanie, caché sous une épaisse couche d’argile, ne respirant qu’à travers un brin de paille pour passer en Allemagne. Il a déjà connu la prison, les interrogatoires et la torture. Ses camarades du groupe « la Volonté du peuple » avaient tous été pendus. Il sait que la sécurité des militants passe par une discipline rigoureuse : « moins vous en savez sur chacun d’entre vous, moins vous pourrez révéler d’informations. » Il prend des pseudos de clandestinité pour déjouer la surveillance de la police. Mais pour lui la révolution passe avant toute vie personnelle. Pas question de se marier ni d’avoir des enfants, éviter toute attache sentimentale, mettre toute son énergie dans le combat. « Moins vous vous attacherez à quelqu’un, moins vous pleurerez s’il passe l’arme à gauche ». Les amies de Rosa l’appellent « Jupiter ».

Lors de leur première rencontre, Leo est frappé par la personnalité de Rosa, par sa façon d’argumenter, par sa sincérité. « L’acte le plus révolutionnaire que nous puissions accomplir c’est dire la vérité : expliquer ce qui se passe et nommer les choses telles qu’elles sont »

Et Rosa s’amuse de son entêtement rigoriste, de sa misanthropie. Pour Leo l’amour est une faiblesse. Ils ont en commun leur origine culturelle et sociale, leur famille juive plutôt aisée mais laïque et même favorable au socialisme pour Rosa. Toutefois Leo a pris la peine d’apprendre le yiddish pour se faire comprendre des ouvriers ne parlant ni le russe, ni l’allemand. À Zurich, il s’inscrit à l’université avec Rosa en zoologie. Il admire les talents oratoires de Rosa et aimerait qu’elle écrive pour lui ses discours.

Rosa rejoint Berlin où le Parti social-démocrate devient puissant. Elle se fait de nouveaux amis dont Karl Kautsky et son épouse, Luise qui devient sa complice.

Elle prend part à la campagne électorale et devient très populaire. Mais, accusée de lèse-majesté envers l’empereur elle se fait arrêter et doit purger une peine de prison. Une fois libérée, elle lutte contre la menace de guerre et crée le « groupe international » qui devient en 1916 la Ligue spartakiste. Jaurès la soutiendra avant d’être assassiné. Mais quand la guerre de 1914 éclate, les députés socialistes votent les crédits de guerre. C’est une rupture qui se traduit par la scission entre le SPD et l’USPD. Elle rejoint Karl Liebknecht, Édouard Bernstein, Karl Kautsky qui sont restés fidèles à leur opposition à la guerre.

Le roman montre bien comment le nationalisme, autant en Allemagne qu’en France a détruit les aspirations à la paix et à la justice sociale, a brisé l’unité des partis socialistes, et mis à mal la lutte pour les droits des ouvriers.  Tandis que Rosa donne toutes ses forces en Allemagne, au point de délaisser sa santé, Leo achemine des tracts et des ouvrages traduits en russe vers l’empire russe. Il connaît la prison et le camp de travail forcé d’où il parvient à s’échapper. Lorsque Lénine prend le pouvoir en 1917, la Russie se retire du conflit mais la guerre civile fait rage. En 1918, une rébellion des marins de Kiel se répand dans toute l’Allemagne : grèves, manifestations, combats de rue. Des conseils d’ouvriers et de soldats prennent le pouvoir dans de grandes villes. Cette révolution tant espérée semble enfin se réaliser mais Rosa dont la maladie ne lui laisse aucun répit alterne hôpital et prison. Et une fois libérée, elle sera assassinée, tout comme Liebknecht et Leo Jogiches.

Ce roman bien écrit et bien traduit peut donner envie d’en savoir plus sur l’histoire de l’Allemagne trop peu étudiée en France. Faut-il y voir un reste de nationalisme ?

Nadine Dutier 
(19/10/26)    



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Robert Laffont

Septembre 2026)
496 pages - 23 €

Version numérique:
15,99 €


Traduit de l’allemand
par Brice Germain







Charlotte Roth,
est originaire de Berlin. Autrice, traductrice et éditrice indépendante, elle a publié de nombreux romans consacrés à des destins de femmes sur fond d’histoire allemande. Rosa & Leo est son premier roman traduit en français.