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Georges-Olivier CHÂTEAUREYNAUD


Les recyclés

Une fois encore Georges-Olivier Châteaureynaud réussit à nous embarquer dans un monde étrange, pas si éloigné du nôtre, à quelques détails près. L’un de ces détails est un service que nous ne connaissons pas encore, ou du moins pas sous cette forme-là : le recyclage des êtres humains.
Dès la première page nous faisons la connaissance du personnage principal que nous allons suivre au fil de cette étonnante et émouvante aventure. « La rue serait déserte et le trottoir vide, n’étaient la présence de Nivôse faisant le pied de grue devant la porte de son immeuble, et celle de ses affaires entassées le long du mur, sous les fenêtres aux volets clos de la concierge. D’ici quelques minutes un minibus passera ramasser Nivôse. Il sera suivi d’un camion à benne destiné à l’enlèvement de ses biens. Ramassage, enlèvement, les deux mots sont équivalents dans l’esprit de la population, indifféremment employés qu’il s’agisse des personnes ou des objets. La chose en elle-même est connue de tous, légale, officielle. »
C’est ce que nous appelons le ramassage des encombrants. Si dans une famille ou dans un couple, une personne devient inutile, insupportable, encombrante, il suffit d’engager « la procédure légale d’enlèvement et d’envoi au recyclage ».
Nivôse n’a pas attendu que Blanche, sa compagne, se lance dans cette démarche, il a choisi de se déclarer lui-même comme encombrant. Une demande plus rare mais légale.
Il était professeur de latin mais il a été mis en retraite d’office à quarante-cinq ans en raison d’une pénurie d’élèves. « Dans cette discipline, les professeurs sont désormais plus nombreux que les élèves. »
Il n’a plus envie de continuer cette existence : « Tædium vitæ. L’ennui, la fatigue, le dégoût de la vie. »

À son arrivée, il rencontre un "référent" pour un entretien qui nous permet de mieux le connaître. Ses réponses correspondent bien aux critères exigés. « L’Administration que je représente accepte votre placement dans une structure d’attente en vue de mise à disposition. Une dernière chose : les recyclés faillis, ceux qui ont été deux fois adoptés et n’ont pas donné satisfaction, ne bénéficient d’aucune présentation ultérieure au public. »
Évidemment, recyclage ne signifie pas destruction. Chaque week-end, les recyclés sont présentés sur une sorte de marché où le public vient flâner, pour se distraire ou pour adopter un des spécimens.

Voilà l’univers où nous plonge l’auteur en nous faisant partager les pensées, les sensations, les émotions de cet homme désabusé, que plus rien n’intéresse vraiment.
Il va pourtant se lier d’amitié avec son voisin dans la chambrée où ils dorment à dix. Ce jeune homme, qui se fait appeler Malaimé, a été viré par sa compagne dont il est très amoureux. Il espère qu’elle regrettera sa décision et viendra le reprendre un week-end d’exposition.

Nivôse, lui, n’attend rien mais il observe avec curiosité tout ce qui se déroule autour de lui, les fonctionnements – l’officiel et le clandestin – de la structure d’attente. Il va même connaître l’étrange aventure de l’adoption par des femmes solitaires…

Fidèle à son écriture finement ciselée et à son univers légèrement décalé, Georges-Olivier Châteaureynaud nous fait rêver et sourire, réfléchir et méditer, autour de cette extrapolation aussi amusante qu’inquiétante de notre monde où les services et les applications ne cessent de se glisser dans l’intime et d’interférer sur notre quotidien. Comment Nivôse va-t-il sortir de cette situation où il s’est volontairement plongé ? Suspense…

Serge Cabrol 
(02/02/26)    



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Georges-Olivier CHÂTEAUREYNAUD, Les recyclés
Grasset

(Janvier 2026)
192 pages - 19 €

Version numérique
13,99 €






G.-O. Châteaureynaud,
né en 1947, nouvelliste et romancier, prix Renaudot 1982 et Goncourt de la Nouvelle 2005, est l'auteur d'une trentaine de livres.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia







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