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Stéphane CHAUMET


L’autre côté de la nuit


Bolivie 1965. Vingt ans après la chute du Troisième Reich, de nombreux nazis ont réussi à fuir et se réfugier dans l’Espagne de Franco ou les dictatures militaires d’Amérique du Sud. Nous sommes ici à La Paz où le coup d'État du général Barrientos en 1964 a ouvert une longue période de dictatures militaires.

Quand s’ouvre ce roman, un double crime vient d’être commis. Les victimes sont un pasteur, directeur d’un orphelinat, et son épouse.
« Le tueur semblait avoir pris le temps de mettre en scène les corps. Avant ou après les avoir tués ? Ou alors ils avaient été surpris en pleine célébration d'un petit théâtre privé ? L'homme était assis dans un fauteuil, la tête rejetée en arrière, bâillonné, égorgé. Ses parties génitales étaient en charpie, sans doute sous l'acharnement de multiples coups de couteau. Sur toute la largeur de son gros bide à la peau blanchâtre une lame avait gravé, tel un tatouage vulgaire et maladroit, une croix gammée dont les dégoulinures de sang avaient séché. […] La femme, elle, étendue sur le sol, nue aussi, avait le visage défiguré par les mêmes coups de couteau rageurs, les seins mutilés, le reste du corps intact. »

Qui a pu commettre ces crimes, pourquoi cette croix gammée et pourquoi une telle violence ? Nous allons suivre plusieurs enquêtes parallèles…

Tout d’abord il y a Gabriel, un journaliste bolivien, qui enquête sur la présence des Allemands installés en Bolivie avant ou après la Seconde Guerre mondiale. Lui, est le fils d’un Allemand arrivé en 1930 et d’une Bolivienne. « Il n’avait jamais reconnu son fils. Un homme marié, père de famille, qui s’était sauté la domestique bolivienne et par malchance l’avait mise enceinte. »
Gabriel a appris l’allemand et « son obsession s’est focalisée sur la présence des nazis en Amérique latine, principalement en Bolivie, et leur influence sur le pouvoir. Une obsession mêlée de dégoût et de rancœur. Gabriel savait qu’aucun journal de son pays ne publierait une enquête comme ça, si documentée qu’elle puisse être. » Mais pourquoi pas un livre qui paraîtrait à l’étranger…

Une Française, Laure, est aussi très intéressée par ce double crime et plus particulièrement par la femme qui pourrait être une ancienne collaboratrice de la Gestapo en France. Sa quête va ramener les lecteurs dans la région de Tours en 1942, quand Laure était encore une jeune fille.

Côté autorités locales, c’est le lieutenant Rivero qui enquête pour la police bolivienne mais il n’a aucun pouvoir et doit simplement exécuter les ordres venus d’en haut. Et comme les victimes sont allemandes, l’ambassade d’Allemagne a fait venir un policier allemand, Hans, qui se demande bien ce qu’il vient faire là.

Au fil des recherches des uns et des autres beaucoup d’éléments vont apparaître mais Gabriel, Laure et Hans vont vite comprendre qu’on leur demande surtout de ne pas faire de vagues et qu’on va leur fournir des coupables parfaits sans qu’ils aient à creuser plus loin.

Malheureusement pour les autorités boliviennes et leurs amis nazis, Gabriel et Laure vont s’entêter. À leurs risques et périls…

Un très bon roman qui explore cette fuite des nazis après la guerre et met en lumière les protections dont ils ont bénéficié et la poursuite, ailleurs, de leurs monstrueuses activités. La quatrième de couverture précise que l’auteur s’est inspiré de faits réels survenus autour de la Résistance française à l’Occupation. Un bon exemple de fiction, nourrie par l’Histoire, qui participe au devoir de mémoire. Un auteur à suivre…

Serge Cabrol 
(28/05/26)    



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Noir & polar








Rouergue Noir

(Avril 2026)
272 pages - 21,50 €

Version numérique :
15,99 €









Stéphane Chaumet,
romancier, poète et traducteur, a déjà publié une vingtaine de livres.


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