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Addie E. CITCHENS

Les Révérentes


À Dominion dans le Mississippi, le révérend Sabre Winfrey dirige avec beaucoup de charisme l’Église missionnaire baptiste des Sept Sceaux. Avec son épouse Priscilla, ils ont cinq fils qui ont maintenant entre 18 et 24 ans. Le plus jeune Emanuel, que tout le monde appelle Manny ou Wonderboy, a toutes les qualités et tous les talents : intelligent, beau, sportif, chanteur, musicien… Malheureusement, au fur et à mesure qu’il grandit, Priscilla comprend qu’il a aussi, et de manière exacerbée, tous les défauts de son père : égoïste, menteur, volage et capable de violence. Un démon sous les traits d’un ange, qui pourrait le croire ?

En chapitres alternés, ce sont deux voix de femmes qui nous racontent cette terrible histoire. Deux femmes d’âges et de statuts bien différents. L’une est Priscilla, épouse du révérend, celle qu’on appelle la Première Dame et qui doit se comporter comme telle dans toutes les situations.
L’autre est Diamond, une jeune fille de dix-sept ans, élève dans la même classe que Wonderboy et qui en est follement amoureuse.

Dès les premières pages, l’autrice montre une épouse déçue par son mari mais très fière de ses cinq fils et notamment du petit dernier. Cependant, à l’église, il semble déjà plus attiré par la gente féminine que par le sermon de son père et Priscilla s’en inquiète. « Je ne supportais pas l’idée qu’une garce frivole puisse le dévergonder. […] J’ai prié. Si Dieu ne protégeait pas mon bébé des femmes cruelles, qui le ferait ? » Il lui faudra du temps pour comprendre que la cruauté n’était pas du côté où elle cherchait.

Diamond s’exprime évidemment comme une fille de son âge et cette différence entre les deux narratrices est bien rendue par l’écriture.
« Maintenant il était tout pour moi, et moi pour lui. Il me donnait de l'argent mais sans réclamer de foufoune, même si moi j'étais partante, et il aurait été en droit de le demander parce qu'il était qui il était. Sauf que j'étais pas une fausse vierge : j'étais une vierge à cent pour cent et ça lui semblait incroyable, à moi aussi d'ailleurs, qu'une fille comme moi soit arrivée jusqu'à ses dix-sept ans sans même s'être fait doigter – pas même par un ami de la famille ou un oncle céliba­taire. » Quoi qu’on puisse dire de Wonderboy, elle est prête à le défendre bec et ongles. Enfin jusqu’à ce que…

Evidemment, on ne va pas révéler la façon dont les choses évoluent parce que c’est justement cette évolution qui est au cœur du roman. Evolution de Wonderboy qui, compte tenu de l’admiration que tout le monde lui porte et du modèle que lui a donné son père, se croit dans la toute-puissance et ne peut s’empêcher de donner libre cours à ses pulsions les plus impétueuses.

Evolution de Priscilla qui prend conscience peu à peu de la vraie nature de son fils qu’elle a tant admiré pendant toute son enfance et qui retrouve maintenant en lui ce qu’elle a découvert chez son tartuffe de mari mais à une puissance affreusement démultipliée.

Evolution de Diamond qui en quelques mois va passer de l’adolescence à l’âge adulte au prix de très sérieuses remises en question.

Addie Citchens nous immerge dans cette communauté noire du Mississipi avec beaucoup de tendresse, de réalisme et une petite pointe d’humour bienvenue dans certaines situations. Un superbe premier roman, une nouvelle voix du sud des États-Unis, une autrice à suivre…

Serge Cabrol 
(07/09/26)    



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Christian Bourgois

(Septembre 2026)
288 pages - 22 €

Version numérique
16,99 €





Traduit de l’anglais
États-Unis) par
David Fauquemberg






Addie E. Citchens
est née et vit toujours
dans le Mississippi.
Les Révérentes
est son premier roman.