![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
Retour à l'accueil du site |
|
Dans ce roman, Grégoire Courtois explore d’une part le silence qui est parfois la règle dans certaines familles et sa transmission de génération en génération. Et par ailleurs, la part de végétal qui est en nous. Il observe végétaux et insectes avec son âme de poète et sa folle imagination mais aussi avec la rigueur d’un botaniste doublée de celle d’un entomologiste. Le narrateur de ce roman est un adulte dont certains souvenirs d’enfance sont très présents. Tout petit il accordait une grande importance aux odeurs, en particulier celle du petit sapin argenté du jardin, et à tout ce qui grouille, vole et bruisse. Son grand-père Jean parlait peu, et ne cherchait pas à lui enseigner quelque chose, il lui a « transmis le silence, et le calme nécessaire pour l’obtenir vraiment. C’est son héritage le plus précieux. » Et ses parents « ne se souciaient guère de leur progéniture tant que celle-ci demeurait silencieuse et ne cassait rien ». Cela laisse une grande liberté au narrateur et à son amie et voisine Noémie pour bavarder des sujets les plus sérieux et variés « tels que la mort de notre planète, les solutions pour l’obtention d’une paix mondiale et durable, les moyens qui permettraient de dépolluer les océans. » Il est rare de montrer que de très jeunes enfants sont préoccupés par des sujets si graves et qu’ils recherchent des solutions, car les enseignants et les adultes en général ont des enfants une opinion méprisante ou ne les comprennent pas. Ont-ils oublié ce qu’ils étaient enfant ? Ce n’est pas le cas du narrateur qui se souvient avec précision des épisodes douloureux de sa vie, le harcèlement dont il fait l’objet, ses rares crises de violence mais n’a aucun souvenir de sa scolarité pendant laquelle il s’ennuyait. L’auteur donne une réponse à cette énigme : « Nos souvenirs d’enfance sont faits d’autant d’espoir que de mémoire. Nous souhaitons devenir mais, en vieillissant, souhaitons aussi avoir été, ou l’avoir mieux été. Et en nous se recompose le récit de notre vécu. » La grande affaire de ce roman est l’expérience que fait l’enfant de la protection que lui offre la nature quand il est en danger. Un gros chien qui grogne puis qui attaque l’enfant dans son jardin l’aurait tué si une odeur piquante venant du petit sapin ne l’avait pas arrêté net. Lors d’une visite scolaire, alors qu’un élève nommé Charles, s’apprête à le rouer de coups, la floraison brutale d’une liane tropicale provoque le surgissement d’un nuage de papillons de nuit qui terrifie Charles et ses acolytes. Une fois le danger écarté, les fleurs se referment et les papillons disparaissent. À la suite de cet événement extraordinaire, le narrateur a hâte de raconter tout cela à Noémie. Mais son amie n’en croit rien et le traite de menteur. Déçu, il ne peut cacher sa tristesse à son grand-père. C’est alors que Jean lui raconte comment, au même âge, il a perdu sa meilleure amie alors qu’ils jouaient tous les deux dans la forêt. Malgré les recherches, on ne retrouva jamais la fillette ni vivante ni morte. À l’âge de huit ans, son institutrice s’inquiète de le voir toujours seul. Il est asocial, il fuit la compagnie des autres enfants et « le monde des adultes lui apparaît hermétique et austère ». Cette asociabilité « m’aura accompagné toute ma vie, refuge et armure tout autant que prison dans ces moments où j’aurais aimé être entouré d’amis sur les épaules desquels me reposer. » Dans les descriptions de l’auteur, la sensorialité et entre autres les odeurs ont une place de choix. Au printemps, « l’air transportait mille parfums, celui des fleurs bien sûr mais aussi celui de tous les effluves de la campagne que le froid avait circonscrits pour l’hiver. La forte odeur des vaches, celle du bitume mouillé par la rosée, du bois qui séchait en tas dans les jardins voisins. » Ce roman se lit avec plaisir car le style est ciselé et les observations naturalistes sont de qualité. On se trouve en effet entre réalisme et fantastique. Nadine Dutier (08/10/26) |
Sommaire Lectures ![]() Robert Laffont Collection Pavillons Septembre 2026) 272 pages - 21 € Version numérique: 14,99 €
Wikipédia |
||||||