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Jean-Philippe DAGUERRE


La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob


Ce premier roman, très réussi, relate un évènement dramatique qui a eu lieu le 18 octobre 1973 avec Danielle Cravenne, cette femme de 35 ans emplie d’idéaux dont celui de réconcilier les Palestiniens et les Israéliens. Ce jour est aussi celui de la sortie en salle des Aventures de Rabbi Jacob.

Danielle Cravenne était une jeune femme pétillante et très humaine qui a rencontré Georges Cravenne, en juillet 1965, le jour de son anniversaire des 27 ans qu’elle fêtait avec des pseudo-amis qui l’ennuyaient. Elle s’invite à sa table alors qu’elle ne le connaît pas : « – Comme au théâtre, Je vais essayer de bien choisir mes mots pour vous dire que dès que je vous ai vu me regarder derrière vos lunettes, j’ai eu envie de vous regarder ; vous regarder me regarder. Me regarder avec cette pudeur de faire comme si vous ne me regardiez pas, ça m’a touchée ; ça m’a donné envie de continuer à vous regarder… Et ça m’a plu de vous voir ne plus me regarder quand je vous regardais. Vous voir regarder votre montre en pensant à moi. Vous voir lever votre verre en pensant à moi. Le porter à vos lèvres en pensant à moi ; à moi qui vous regarde et que vous n’osez plus regarder. »

Elle s’ennuyait dans sa vie mais à partir de ce jour beaucoup de bouleversements ont eu lieu.
Grâce à Georges Cravenne, producteur de cinéma français, journaliste, créateur de la Cérémonie des Césars…, Danielle Cravenne va côtoyer de nombreuses actrices comme Brigitte Bardot ou Jeanne Moreau et aussi Louis de Funès au moment de la préparation des Aventures de Rabbi Jacob, film auquel elle va toujours s’opposer car elle considère ce film comme dangereux, alors qu’elle ne l’a pas vu, en alimentant les oppositions entre le peuple juif et le peuple palestinien.

Danielle Cravenne, originaire d’un milieu assez favorisé, aura cependant des idées assez révolutionnaires. Elle s’oppose ouvertement aux méthodes répressives de Raymond Marcellin, alors ministre de l’intérieur de Georges Pompidou, après les évènements de 1968. Elle a son franc-parler et n’hésite jamais à dire ce qu’elle pense comme dans la scène où elle rétorque à Raymond Marcellin : « – Vous appartenez à un vieux monde, monsieur le Ministre. Un monde patriarcal rempli d’autosatisfaction et de certitudes. »

Le roman est construit à partir des faits réels en créant une alternance entre les périodes allant de 1965 à 1973 et ce jour du 18 octobre 1973 où Danielle Cravenne a pris en otage un avion d’Air France pour s’opposer à la sortie du film Les Aventures de Rabbi Jacob. Les points de vue de chacun des personnages sont aussi donnés en alternance. Nous suivons tous les préparatifs du film avec les doutes et les enthousiasmes.

Le roman est très bien construit. Le suspense est maintenu et l’évolution psychologique de Danielle Cravenne apparaît bien en montrant ses qualités humaines, ses prises de positions courageuses et ses fragilités psychiatriques qui ont conduit au drame. L’écriture nous porte de bout en bout du roman en étant très claire et très efficace.

Brigitte Aubonnet 
(09/04/26)    



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Albin Michel

(Janvier 2026)
176 pages - 17,90 €

Version numérique
12,99 €




Jean-Philippe Daguerre,
auteur et metteur en scène, a obtenu quatre Molières pour Adieu Monsieur Haffmann et cinq Molières pour Du charbon dans les veines. La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob est son premier roman.



La pièce adaptée du roman est jouée au Théâtre du Petit Montparnasse depuis janvier 2026.