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Daniel de ROULET


Trois garçons


Ces trois garçons sont nés tous les trois à Davos en 1943. Ironie du sort, ils vont passer leur existence à lutter contre le capitalisme et ses méfaits : guerres, colonialismes, violences de classe, exploitation, patriarcat, racisme, sexisme, destruction de la planète, pollution, réchauffement climatique.

Secoués par la guerre et son apothéose : la bombe atomique, outrés par les inégalités et les mensonges d’état sur l’histoire de la Suisse, ils contestent leurs professeurs et vont vivre avec passion Mai 68 Tout au long de leur vie, ils vont essayer de rester en accord avec leurs idées et leur espoir de voir le monde changer en participant à des luttes.

Sur fond de montagnes dont les glaciers vont se mettre à fondre, nos trois camarades ne désarment pas et vivent leur militantisme avec leurs amours, leurs enfants, leurs problèmes même si c’est compliqué souvent et même si le découragement leur vient devant un libéralisme sans complexe depuis la chute du mur.

Un magnifique parcours, différent pour chacun, mais toujours en rupture avec l’idéologie dominante. Ils ne se quittent jamais vraiment et rien de ce qui est lutte sociale ou écologique pour mieux vivre ou lutte sociétale pour que les minorités puissent s’affirmer ne leur est étranger.

Les années 1992-2010, appelées « nos hivers » sont malgré tout, après tant d’enthousiasme, les années de la désillusion.
« Nous avons tardé à digérer nos désillusions. Au nom de lendemains jamais advenus, les régimes à la soviétique comme à la chinoise avaient laissé trop de cadavres. L’empire en avait profité pour ne plus honorer son contrat de redistribution d’une partie de la richesse. L’écart entre les très riches et les autres se creusait. Nous n’en pouvions plus de leur sécurité, de leur bureaucratie. J’ai failli sombrer dans le whisky, Fabio devenait cynique, Wolfgang par amour pour Essia a voulu essayer les drogues dures. Le laisser-faire économique encourageait l’Etat à écraser les faibles. S’ils se révoltaient, il se chargeait d’assigner une identité biométrique à chacun. Gouverner ce n’était plus prévoir, mais sécuriser. Le chef des flics de Gênes le disait lors de l’assaut contre le G8 : « La police n’est pas là pour maintenir l’ordre, mais pour gérer le désordre. » Dans les gares, les aéroports, à la sortie des écoles, comme dans les rizières chinoises du temps de Mao, des haut-parleurs diffusaient leur propagande sournoise : « Pour des raisons de sûreté… tout colis abandonné… ensemble soyons vigilants… signalez tout comportement suspect… déposez vos chaussures et votre ceinture sur le tapis roulant… »
« NOUS L’AVIONS TANT AIMEE, LA SUBVERSION. En Mai 68, puis quand les GI avaient été chassés du Vietnam, quand les chars soviétiques avaient quitté l’Afghanistan, quand les lycéens français étaient descendus dans la rue. Dès qu’une occupation d’usine ou d’aéroport ou d’autoroute durait plus de trois jours, nous chuchotions c’est pour bientôt, imaginions la taupe triomphante sortir de son trou, mais ce n’était qu’une contorsion de plus du mille-pattes capitaliste. »

La recension de toutes ces luttes qui n’oublie pas celle des femmes et des LGBT est passionnante et nous replonge dans bien des moments dramatiques de l’histoire de ces sept dernières décennies et personnellement j’admire l’activisme et l’optimisme de ces trois petits Suisses. Et s’ils se font parfois traiter de vieux cons par les jeunes qui ont pris la relève, justement parce qu’il y a une relève, ils ne désarment pas et conspirent toujours pour lutter contre les malfaisants.
« NOUS ATTENDONS UN NOUVEAU PRINTEMPS. D’ici là, Wolfgang écrit des livres, Fabio cultive ses vignes et moi, j’essaie de vieillir sans aigreur. Nous n’acceptons pas de faire partie de la société qui nous impose une vision du collectif où chacun reste isolé. Si notre nous au départ était celui de trois garçons, il s’enrichit maintenant de la révolte des écologistes radicaux, des féministes, des trans. Nous ne voulons plus être des individus entrepreneurs d’eux-mêmes et larbins du système ; Nous n’existons que par nos relations et celles-ci ne se limitent pas au triangle formé par trois petits Suisses. Nous reprenons l’initiative non pas en tant qu’individus, mais en tant qu’amalgame de conspirations autour de l’écologie, de l’art, du genre et des classes sociales. »

Souhaitons effectivement la venue d’un nouveau printemps et non le retour de forces obscures !

Sylvie Lansade 
(28/09/26)    



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Lectures








Phébus

(Août 2026)
304 pages - 22,50 €







Daniel de Roulet,
né à Genève en 1944,
a déjà publié une
quarantaine de livres.


Bio-bibliographie
sur Wikipédia


Visiter le site de l’auteur :
www.daniel-deroulet.ch








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