![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
Retour à l'accueil du site |
|
Avec Le temps des bêtes féroces, deuxième volume d’une trilogie débutant avec Personne sur cette terre, les lecteurs retrouvent évidemment les personnages principaux, surtout la voix inconnue responsable de nombreux assassinats et qui continue dans le même registre. « Par beau temps, on pouvait apercevoir la mer et la tache sombre correspondant à Barcelone. » L’inspecteur Julián Leal toujours vivant traîne là son cancer, isolé, son nom ne rappelle rien à personne, en retrait de la ville de son passé. Malgré les années écoulées, « d’une façon ou d’une autre, tous ceux qui avaient été affectés par sa décision en payaient encore les conséquences […] Tant de sacrifices… Dans quel but ? » Ainsi, il reste sans nouvelles de son amie ex-binôme, l’inspectrice Virginia Ortiz, fille d’un magnat, Armando Ortiz, discret mais très influent. « Virginia, ayant abandonné sa vocation de policière et son brillant avenir pour céder au chantage de son père et partir pour les États-Unis, divorcée, brisée intérieurement. » Nouvelle PDG, elle dirige la division nord-américaine d’une filiale de son père. En revanche, Clara contactée jadis sur un site de rencontre et malgré sa beauté, n’entretient avec Julian qu’une amitié indéfectible et une correspondance sporadique parce que « condamnée à vivre dans la clandestinité, terrifiée, et à regarder tout le temps derrière elle. » Quant à Soria, le sous-inspecteur affecté jadis auprès de Virginia et aussi qualifié de « trou du cul qui traînait à l’intérieur du commissariat », blacklisté, il végète. Muté dans un placard à Lanzarote, policier attentif, il écoute consciencieusement son nouveau commissaire Ramón Pino. « Vous devriez savoir mieux que personne que ce travail consiste à faire ce qu’on vous ordonne, pas ce qu’on doit faire. » Victor Del Àrbol poursuit un sillon en complétant les portraits. Ils évoluent, s’affinent, creusent, en accentuant de façon surprenante, des facettes esquissées. Le temps des bêtes féroces se lit toutefois même si vous ne connaissez pas le précédent volume. L’enquête diffère bien sûr, et Victor Del Àrbol évoque au moment opportun la relation du passé qui pèse sur l’intrigue en cours, toujours aussi inventive. C’est succinct mais placé à propos lors d’échanges entre protagonistes. Malgré tout, avouons un malin plaisir avec la remémoration de pans de Personne sur cette terre et d’une diabolique réplique d’un juge. Abject personnage, se croyant au-dessus de la loi et de toute moralité, il émaille son discours de « Parce que je peux me le permettre », antienne à nouveau à l’œuvre dans cet ouvrage. Un monde noir et tortueux avec un fil narratif qui fait froid dans le dos, relatant des faits incontrôlables et pourtant pas impossibles. L’auteur distille le doute. L’univers de Victor Del Àrbol est peuplé de bêtes féroces démunies de toute sensibilité, des mammifères primates dépravés ayant libéré leurs mains, dénués d’esprit mais pas d’instincts sanguinaires. La voix inconnue se révèle toujours très active. Elle a eu à se faire oublier quelque temps, n’ayant pas accompli complétement son contrat antérieur. L’occasion pour elle de dessiner quelques caractéristiques de sa personnalité et le fondement, sa disposition d’homme de main. Il n’agit pas seulement par vocation, pas par morale non plus. Des menaces l’obligent et justifient le besoin de se racheter aux yeux de son commanditaire par des actes peu amènes, l’occasion aussi de régler des comptes. Ce n’est pas un ange mais attise notre attention, donne son sentiment sur les aspects d’une société animée par l’attrait du gain et le pouvoir qu’il engendre. Tout en le désavouant, il aime en profiter dans vergogne et croise le fil d’un banal accident de la route par lequel débute le roman. L’enquête confiée à Soria, ressort, selon lui, à la garde civile. Son adjoint du moment Mario lui fait remarquer qu’« on ne croule pas sous le boulot, par ici, alors le commissaire est d’accord pour que vous commenciez par un dossier assez simple. Soria capta le sous-entendu : " Reste bien sage". » Percutée par un automobiliste en fuite, une jeune femme à bicyclette, Vesna une nouvelle venue, presque une inconnue sur l’île de Lanzarote, repose, dans le coma, en observation à l’hôpital. Soria éconduit par le médecin et contraint de reporter toute approche ou interrogatoire remarque cependant, à travers la vitre de la chambre, des sinogrammes tatoués sur le côté droit du cou de la victime. Plus intrigant, des fleurs dans un vase témoignent du passage d’une visite. Donc pas si inconnue. Lorsque, averti par le médecin du réveil de sa patiente, Soria se présente à nouveau, Vesna apparemment sans histoire, a disparu. Soria apprend ensuite, par son assistant Mario, que la jeune femme est recherchée et son appartement l’objet d’un cambriolage. « Il s’avère que notre amie est une codeuse chevronnée qui admire les hackers de renom comme Kevin Mitnick, le groupe Anonymous, Adrian Lamo ou Albert Gonzalez, alias Soupnazi. » Vesna est recherchée pour une longue liste de délits dans plusieurs pays. Son passé explosif dérange et inquiète assurément. Quels secrets détient-elle ? Anticipons sans rien révéler. Ce n’est pas une jeune femme sulfureuse, mais en possession d’informations ignobles, elle est le grain de sable perturbateur d’un ordre établi, à éliminer pour que subsistent les apparences. Victor Del Àrbol ne présente plus Soria comme un trou du cul. Il enrichit sa personnalité à travers des caractéristiques le rendant plus sympathique, amoureux sans le savoir, désabusé avec une drôlerie toute personnelle, pugnace avec aussi ses faiblesses. Comme il aime à répondre à son commissaire lors de leur première entrevue : « J’étais doué pour rester peinard dans mon coin, mais il arrive qu’on soit confronté à des situations qui vous tirent de votre zone de confort. » Effectivement, Lanzarote ne s’avère pas un lieu de villégiature tranquille et les situations s’enchaînent. « La nouvelle ne fut pas relayée dans les médias états-uniens. Personne ne savait où se trouvait Lanzarote, l’endroit où se situait ce centre de production. Virginia n’aurait pas dû s’en soucier non plus. […] Pourquoi cela l’affectait-elle autant dans ce cas ? Elle ne cessait de regarder en boucle les informations publiées en Espagne. Elle avait l’impression d’être là, au milieu de la mousse des pompiers et des tas de ferraille, dans cet enfer d’explosions, devant les housses mortuaires contenant des cadavres calcinés ou ce qui en restait, pieds, mains, bras et têtes fourrés pêle-mêle dans ces sacs gris. » L’usine appartient à son père. Victor Del Àrbol recompose les retrouvailles des différents protagonistes du roman précédent. Pas à pas, les fils se maillent et l’intrigue s’intensifie dans une atmosphère délétère par un éclairage cru. Ne boudons pas notre plaisir, en attendant la traduction du troisième volume, la patte de Victor Del Àrbol, toujours efficace, accroche et terrifie en grattant notre société bien-pensante. Michel Martinelli (26/05/26) |
Sommaire Noir & polar ![]() Actes Noirs (Mars 2026) 400 pages - 23,80 € Version numérique 14,99 € Traduit de l'espagnol par Alexandra CARRASCO
Bio-bibliographie sur Wikipédia Découvrir sur notre site d'autres romans du même auteur : ![]() Par-delà la pluie ![]() Le poids des morts ![]() Le fils du père ![]() Personne sur cette terre |
||||||