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François-Henri DÉSÉRABLE


Le Palais

« Rien ne prédisposait El Barased à écrire sur le vin. Il venait de s’installer à Paris quand le rédacteur en chef de La revue du vin de France lui avait proposé d’écrire des reportages. Il ne connaissait rien au vin, rien à la dégustation, rien à rien, et ceux qui faisait profession de humer leur verre de vin pour en déduire qu’il avait passé dix-huit mois en fût de chêne pédonculé et que le vigneron, le jour des vendanges, portait une doudoune sans manches de marque Uniqlo et des bottes Aigle en taille 42, ceux-là, il ne pouvait s’empêcher de les trouver d’une pédanterie ridicule. Et s’il avait accepté la proposition du rédac chef en lui faisant gober que le vin et lui, c’était une vieille passion, la vérité, c’est qu’il avait besoin d’argent. »

Et le double en miroir de cet écrivain de fiction, François-Henri Désérable, va nous éblouir de ses connaissances œnologiques et bâtir une incroyable épopée, celle d’Arun Kumar, (nom qui pourrait signifier Le Prince de l’Arôme) qui, alors qu’il est voué, le malheureux, dès sa naissance en Inde, à trier des ordures pour survivre, devient par le biais de l’adoption, un fabuleux goûteur de vin, au palais mirifique qui en évoquant sa première dégustation parlera « d’épiphanie sensorielle à portée métaphysique. »

C’est évidemment le style de Désérable qui fait de ce conte invraisemblable une véritable jubilation de lecture. C’est parce que le narrateur joue avec  le vocabulaire, en invente :
 « Alors il fit ce que font les poètes, les botanistes, les cartographes de terres vierges : il inventa. D'abord timidement, puis fiévreusement. Ainsi naquirent le "risambre", ce goût de bois ancien chauffé par une lampe d'architecte, entre poussière et vernis blond ; et la "vellune", cette saveur minérale et lactée qui rappelait la coquille d'un oeuf à la coque encore tiède ; ou encore le mot "crémurien", pour cette rondeur de cire fondue mêlée à l'encens tiède. »

C’est parce que François-Henri Désérable aime accumuler les mots jusqu’à l’explosion en bouche de la phrase, que le destin d’Arun Kumar va nous captiver. Attention cependant, si l’on peut lire Le Palais sans modération, l’envie qu’il donne de goûter les plus grands crus qu’Arun reconnait à l’aveugle, en en ayant pour toujours enregistré le bouquet, la complexité, l’intensité, l’équilibre, la longueur, dans sa cave imaginaire, cette envie n’est réfrénée que par le coût de ces crus.

Un tour du monde enivrant des vignobles et une ode particulière à la Bourgogne où Kumar se délecte de Gevrey-Chambertin, de Vougeot, de Romanée-Conti, de Nuits-Saint-Georges, de Côtes de Beaune, de Volnay, de Meursault, de Puligny-Montrachet et autres splendeurs. Et le talent du narrateur donne au lecteur l’impression d’y avoir lui aussi goûté !

Sylvie Lansade 
(12/10/26)    



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Gallimard

(Août 2026)
416 pages - 23 €

Version numérique
14,99 €



François-Henri Désérable
est né à Amiens en 1987.

Bio-bibliographie sur
Wikipédia


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