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Abibou DIOUF


L’âge de déplaire


Fadel vit et travaille à Paris. Son père vient de mourir à Dakar et il repart dans sa famille au Sénégal pour les cérémonies d’enterrement.
Abibou Diouf décrit très bien le carcan de la famille et des traditions qui pèsent sur Fadel. En effet, toute la famille aimerait le voir revenir au Sénégal puisqu’il est le cadet et en conséquence devrait s’occuper de sa mère qui se retrouve seule.
Les contraintes de la religion ne tolèrent aucun faux pas. Fadel ne supporte plus les injonctions virilistes qui sont assénées en permanence au Sénégal. Comme son père est mort, c’est Malik son frère aîné qui remplace le patriarche.
« Je suis né à Dakar, une ville où l’air est saturé d’un virilisme qui s’infiltre partout : dans les corps, les démarches, les regards, les intonations, et jusque dans les silences. Une virilité brute, dépouillée de douceur, façonnée par des siècles de traditions et de codes sociaux. Elle attire autant qu’elle écrase, pesant sur les épaules des hommes, tel un fardeau de briques dont personne n’ose se défaire. »
Fadel s’interroge sur ce qu’il doit accepter ou non, sur ce qu’il veut assumer ou non. Vivre en France ou retourner vivre au Sénégal. Il est tiraillé entre son désir d’indépendance avec la possibilité de choisir le sens à donner à sa vie et le respect de sa famille avec le sentiment d’étouffer dans les obligations avec lesquelles il n’est pas d’accord malgré l’amour qu’il porte à sa mère.
Abibou Diouf montre bien comment le Sénégal se referme de plus en plus autour de règles religieuses qui sont beaucoup plus moralistes et intolérantes que lors de son enfance lorsque les filles se déguisaient en garçons et les garçons en filles lors de la fête de Taajabóon : « La société a durci ses frontières. Des forces conservatrices se sont unies pour museler les corps, restreindre les libertés. Le genre n’est plus un jeu. Il est délimité par une ligne rouge. Une idéologie. Un enjeu moral, culturel, politique. C’est devenu une question de vie ou de mort. Et Taajabóon, qui permettait un bref changement de rôle, un espace de joie partagée où chacun pouvait s’inventer, se réinventer, n’est plus toléré. Cette fête est enterrée sous les discours de pudeur, de pureté, de bienséance. Le travestissement n’est plus considéré comme une fantaisie enfantine. Garçons et filles ne doivent plus se confondre. Chacun à sa place. Plus aucun trouble ne circule. On a perdu le droit de se déguiser. » 
L’écriture très pertinente et parfois cinglante d’Abibou Diouf permet de bien ressentir les émotions de Fadel pris au piège d’un choix qui sera douloureux dans tous les cas. Le monde actuel vit un rétrécissement des libertés d’être soi-même avec des régressions imposées au nom des traditions. La littérature a ce pouvoir de dénoncer ces évolutions négatives du monde. Déplaire pour vivre tel qu’on le souhaite est parfois nécessaire.
C’est un premier roman très réussi et très prometteur.

Brigitte Aubonnet 
(20/08/26)    



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Abibou DIOUF, L’âge de  déplaire
Albin Michel

(Août 2026)
192 pages - 19,90 €








Abibou Diouf,
né en 1995 à Dakar,
vit aujourd’hui à Paris.
L’Âge de déplaire
est son premier roman.