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Jean-Pierre FERRIÈRE

Les enquêtes des sœurs Bodin
(tomes 3 & 4)


C’est entre 1957 et 1961 que Jean-Pierre Ferrière a écrit les sept enquêtes des sœurs Bodin que les éditions HC ont décidé de reprendre en trois volumes. Le premier tome comprenait les deux premiers titres, Cadavres en soldes et Cadavres en vacances, que nous avons chroniqués ici.
Le deuxième volume contient les troisième et quatrième enquêtes toujours aussi drôles et gentiment désuètes qui nous emmènent à Paris et à Orléans dans des atmosphères et des décors qui rappellent certaines photos en noir et blanc de Doisneau ou Cartier-Bresson.

Cadavres en goguette. À la suite d’un quiproquo, les deux sœurs orléanaises vont se retrouver au cœur d’un réseau de prostitution parisien en étant hébergées dans une maison close dont elles ignorent évidemment les activités licencieuses. Il va leur falloir du temps et plusieurs cadavres avant de comprendre dans quel monde elles ont débarqué. L’écriture vive et malicieuse de l’auteur rend l’aventure savoureuse…
Au départ, Blanche est tombée par hasard sur un encart publicitaire dans le quotidien régional : « Vous aussi, vous pourrez assister au Vrai mystère de la Passion qui sera joué comme chaque année sur le parvis de Notre-Dame, promettait l'annonce, les Transports Orléanais organisent à cet effet, le 2 juillet, un service de car spécial Orléans-Paris et retour, et se chargent de la réservation des places pour le spectacle. Faites-vous inscrire dès aujourd'hui. »
« Blanche eut un éblouissement. Voir le Mystère de la Passion était précisément le rêve le plus cher des deux sœurs que la perspective d'un voyage à Paris, qu'elles ne connaissaient pas, avait toujours effrayées... »
Après une période de préparation agitée parce qu’elles sont « excitées comme deux puces à la veille d’une exposition canine », les voilà enfin dans le car pour Paris.
Mais là, rien ne va se passer comme prévu… 
À la descente du car, prises pour les messagères du chef d’un réseau mafieux, elles sont emmenées chez Maman-Jo, l’heureuse propriétaire d’un coquet lupanar.
Pensant qu’elles sont là pour inspection et rapport au grand chef, tout le monde s’efforce d’être aux petits soins avec elles. Une brochette de trafiquants et proxénètes leur sont présentés sans qu’elles se doutent le moins du monde de leurs activités professionnelles et elles ont même droit à une visite de Pigalle.
Pour notre plus grand plaisir, beaucoup de choses leur échappent dans les comportements et le vocabulaire du quartier.
« – As-tu remarqué toutes ces jeunes femmes qui se promènent le soir le long des trottoirs, murmura Berthe à son aînée, nous n’avons pas cela à Orléans.
– Elles aiment sans doute marcher ! répliqua machinalement Blanche. »
« – C’est un tissu de mensonges, s’exclama alors Maman-Jo, Vladimir n’a jamais été un camé.
"Camé" ? Qu’est-ce que cela peut bien signifier, s’interrogeaient intérieurement les vieilles filles. Elles évoquèrent le mot "caméléon" mais ne s’y attardèrent pas. »
Après l’assassinat d’un premier membre du réseau, les deux sœurs vont assister à une hécatombe des amis de Maman-Jo sans comprendre ce qui se passe. Ce n’est qu’au bout d’une centaine de pages qu’elles saisissent la réalité qui les entoure et qu’elle se lancent avec autant de crainte que de plaisir dans une enquête riche en rebondissements.

Cadavres en mitaines se déroule à Orléans, dans l’univers feutré de leur communauté paroissiale. Si le précédent volume faisait plutôt penser à Zazie dans le métro, celui-ci est dans la droite ligne du "cosy crime" britannique. « L'ouvroir "Saint-Blaise" était la grande distraction des sœurs Bodin. Tous les soirs de huit à dix heures et demie, elles y retrouvaient leurs meilleures amies pour tricoter ensemble des châles et des gilets destinés à être vendus à la grande fête de charité qui avait lieu chaque année le 3 février, jour de la Saint-Blaise. Berthe et Blanche faisaient également partie de la chorale qui devait se produire durant la partie artistique de la manifestation. »
Et voilà qu’une de ces dames est assassinée. Et puis une deuxième. Et la liste s’allonge… Un tueur ou une tueuse en série ? Pourquoi toutes les voictimes sont-elles des membres de leur ouvroir ?
Berthe et Blanche Bodin sont à la fois terrifiées et ravies de mener une enquête dans ce petit univers habituellement tranquille mais néanmoins traversé de jalousies, de rivalités et de secrets anciens.

Avec ce volume, voici encore deux occasions de se détendre grâce à un auteur facétieux qui se moquait tendrement de ses personnages et de leurs émotions. « Un crime ! À ce seul mot, leurs forces et leurs espoirs se réveillaient avec fougue et retrouvaient une jeunesse que le physique des vieilles filles ne permettait pas à leur adversaire de soupçonner, ce qui les rendait deux fois plus dangereuses… Et cet adversaire, cet assassin, elles avaient presque de la sympathie pour lui ! Ne leur permettait-il pas de vivre de nouveau intensément ? »

Serge Cabrol 
(22/10/26)    



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Noir & polar









HC éditions

Collection L'Empreinte
(Septembre 2026)
264 pages - 16 €

Version numérique
9,99 €



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un article concernant
le premier tome :
Cadavres en soldes
et
Cadavres en vacances






Jean-Pierre Ferrière,
né en 1933, écrivain, scénariste et dialoguiste,
a publié plusieurs dizaines
de romans policiers.

Bio-bibliographie sur
Wikipédia




Les couvertures des éditions de 1958 et 1959 dans la collection La Chouette, chez Ditis.