En premier lieu il y a Je.
« j’aimerais être terre à terre, avec le secours des fourmis architectes, je me construis un palais d’écorce terrestre, dans mes salons, sous les plafonds ornementés on danse la valse, la cavalcade, la farandole, la tarentelle, … »
Trouble dans les expressions, trouble dans les temps verbaux ainsi nait l’étrangeté du propos, de ce monde que l’on nous raconte.
Et puis, bien sûr, il y a Moi et mon ombre.
« au bord de la mer, je marche le long de la falaise, mon ombre court devant moi, brusquement, d’un même mouvement, nous tournons le dos aux vagues, nous dévalons à toute vitesse le pré en pente, en deçà il y a un chemin, mais un mur très haut nous empêche d’y accéder, nous l’escaladons, mon ombre perd l’équilibre, elle tombe, je crains qu’elle soit morte, elle se relève, elle se tient debout, elle ne saigne pas, elle n’a rien de cassé, elle a très mal sous les pieds, elle marche, à chaque pas la douleur remonte le long de son dos et explose dans sa tête, je reste sur le mur, je la regarde s’éloigner »
Pour finir il y a la Reine.
« j’ai tout fait pour la Reine petite, je lui ai construit un nid, tricoté des chaussons, prêté des intentions, j’ai balayé devant sa porte, je l’ai protégée des voleurs et des criminels, j’ai dessiné sa carte du ciel, j’ai promis de la laisser gagner au scrabble, je lui ai appris à jouer quelques notes de musique, cependant elle s’exécute de mauvaise grâce, elle claque le couvercle du piano, elle préfère danser, faire des glissades sur le parquet bien ciré … »
Trois personnages contenus dans 55 fragments que je nommerais poèmes puisqu’à chaque fois il n’y a ni majuscule ni point.
Trois personnages que le lecteur, à sa guise, rassemble en une personne à différentes étapes de la vie ou dissocie comme le suggère la prose.
Trois personnages qui nous amènent dans une danse d’images délicates, un monde étrange ressemblant à l’enfance qui console toujours des blessures d’adulte.
Michel Lansade
(31/08/26)