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Sébastien GENDRON


Chiens


Après Chevreuil et Python, ce sont des chiens qu’on croise dans ce troisième volume de la trilogie du Grand livre des animaux, beaucoup de chiens puisque chaque chapitre a comme titre une race de chien. Ils ne jouent pas de grands rôles, souvent juste figurants, des silhouettes comme on dit au cinéma, voire seulement une allusion.
Non, ce roman n’est pas un bestiaire ni un documentaire sur les canidés mais un roman noir autour d’une agence de détectives privés. Ce n’est pas celle de Nestor Burma mais plutôt une officine de sous-doués en espionnage. L’agence appartient à Pierre-Francis Borotra qui règne en despote avec l’aide de sa secrétaire Barbara. Les affaires ne vont pas fort et, vu le niveau du personnel, ça ne risque pas de s’améliorer. 
Dès les premières pages, nous rencontrons deux employés de l’agence, Gilles Marlin et Xavier Laval en planque dans un village. Marlin doit passer un coup de fil important. « Il sort son téléphone portable et compose un numéro qui pour le moment est écrit sur un petit bout de papier. Une fois le numéro composé et inscrit sur l’écran du téléphone, Gilles Marlin chiffonne le bout de papier, le place dans sa bouche puis commence à le mâcher tout en déclenchant l’appel. » On lui répond qu’il s’est trompé de numéro mais comme il a avalé le papier, pas moyen de corriger son erreur. Nous voilà mis dans l’ambiance…

Un autre personnage fait bientôt son apparition. C’est Daniel Pabst, un jeune homme qui vivait chez sa mère mais comme elle ne supportait plus qu’il s’absente pour des rencontres coquines, il a claqué la porte et dort dans sa voiture. Il a repéré une offre d’emploi de l’agence Borotra et se présente pour se faire embaucher.
Il va remplacer Xavier Laval qui, après une énième embrouille, doit se faire discret quelque temps.

Daniel devient donc le chauffeur de Marlin. Il doit l’attendre dans des gares au milieu de nulle part, le conduire sur les lieux de ses interventions et le ramener ensuite à la gare. Une étrange relation va s’instaurer entre les deux personnages. Distante au départ, elle va se réchauffer pour devenir une sorte d’amitié virile et pudique…

Des petites remarques ici ou là nous montrent un esprit assez rebelle comme au sujet des gares. « Des arbres un peu partout. La gare est en pierre blanche et en coquillière, mais ça n'a aucune importance parce qu'elle est fermée définitivement. Comme d'ailleurs un pourcentage de plus en plus élevé de ses consœurs, si bien qu'avec un simple train régional, le voyageur a de plus en plus l'impression de parcourir symboliquement la société qu'on construit chaque jour contre lui. Rien ne ressemble plus à une gare fermée qu'un bureau de poste fermé, qu'une trésorerie fermée, qu'un cabinet médical fermé, qu'une épicerie fermée et pour finir qu'une bande de citoyens qu'on a condamnés à fermer leur gueule. Chose que déjà ils font, tous pour la plupart avec grande application, il faut bien le dire. »

Dans ce roman comme dans les précédents, il y a une narratrice : Kim Bayer. « Lorsque tout ceci commence je suis, moi aussi, sur le trottoir du 97, en train de cramer les mauvaises herbes à l'aide de mon principal outil de travail, un désherbeur thermique à dos de marque Manuflam. Même si je suis la plupart du temps perdue dans la profondeur de champ, je reste pour toujours et à jamais la narratrice immanente de ces histoires. »
Et la narratrice aussi a un esprit rebelle. Son désherbeur thermique est un véritable lance-flammes et il y a des colleurs d’affiches qu’elle aime moins que d’autres : « Il tenait dans une main l'anse d'un seau de colle à tapisserie et dans l'autre une affiche encore roulée sur elle-même. Cinq mètres en arrière, j'ai attendu patiemment qu'il ait fini de poser son affiche avec sa colle toute pleine de bouts de verre. Alors qu'il reculait pour admirer son travail, j'ai avancé d'un pas, j'ai épaulé et je lui ai tiré dans la nuque. Ça a tout de suite donné une assez jolie couleur à Éric Zemmour. »

Avec Sébastien Gendron, il faut se méfier de tout le monde, même de la narratrice ! C’est noir, très noir, mais plein d’humour et d’ironie. On croise beaucoup de chiens mais ce ne sont pas eux les plus féroces !

Serge Cabrol 
(07/05/26)    



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Noir & polar








Gallimard / La Noire

(Avril 2026)
318 pages - 20 €

Version numérique :
14,99 €









Sébastien Gendron,
né à Talence en 1970, nouvelliste et romancier,
a déjà publié une trentaine de livres pour les adultes
et la jeunesse.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia





Lire sur notre site
un article concernant
le premier volume
de la trilogie :

Chevreuil