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Iegor GRAN

Les explorateurs


Dans ce roman manifestement autobiographique, le récit se passe en classe de seconde du lycée Marie-Curie de Sceaux, au début des années 1980. Les élèves s’ennuient en cours et inventent pour se distraire un jeu de gamin : déceler dans les tics de langage et les gestes de leurs professeurs les traces d’une emprise surnaturelle venue d’une autre galaxie. Les quatre amis qui se livrent à ce jeu sont moqués par les filles de la classe qui les jugent infantiles. Mais au-delà de ce jeu, ce roman nous livre une étude sociologique sur les lycéens de cette époque. L’importance de la musique rock puis métal. L’importance des inventions technologiques venues du Japon ; le walkman qui bouleverse la pratique de l’écoute musicale et la proximité avec la musique.

Un autre domaine est abordé à travers l’idylle naissante entre l’auteur et une jeune fille. Iegor est un réfugié dont le père a passé six ans au goulag en URSS. Il est bien sûr très hostile au régime soviétique. La jeune fille est issue d’une famille du PCF qui voue un véritable culte à la révolution bolchevique. Iegor est joueur d’échecs chevronné et parle russe. Voilà qui attire la famille du PCF jusqu’à ce qu’elle découvre que le père d’Iegor ose calomnier l’URSS en évoquant le goulag qui selon elle a disparu depuis la mort de Staline. Il y a derrière ces caricatures beaucoup d’humour.

Le roman explore à la fois les relations entre les élèves et entre professeurs et élèves. Le regard que portent les jeunes gens vers les jeunes filles est un mélange d’attirance et d’incompréhension.

Les professeurs observés expriment leur mépris à l’égard des élèves qu’ils jugent ignorants. Je crois qu’ils ne le font plus aussi crûment. Mais parfois, lorsqu’un génie mathématique se révèle, un professeur peut ressentir une vive admiration.

Ce livre peut se révéler un bon moment pour les nostalgiques de leur adolescence et pour les curieux des années 80.

« Soudain, les jours rallongèrent, les survêtes s’allégèrent, les fenêtres s’ouvrirent: le printemps conquérant prit ses aises sur les jambes nues des filles. La sève monta à la tête et l’on se mit à fureter des yeux. Que l’on fût au café de la Mairie ou à la gare Robinson, nos capteurs analysaient chaque femme croisée sur notre chemin avec une dextérité remarquable et entassaient les beautés que l’on avait la chance d’apercevoir dans ces donjons internes où se compriment et fusionnent les pulsions pressantes. »

Nadine Dutier 
(26/02/26)    



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Lectures








P.O.L.

(Janvier 2026)
240 pages - 20 €







Iegor Gran,
né à Moscou en 1964, fils d’un écrivain dissident, est arrivé en France à l’âge de dix ans. Après des études d’ingénieur, il a publié
une vingtaine de livres
et travaillé pour
Charlie Hebdo.