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Sur les traces de Simona Kossak Ce roman est issu d’une enquête que l’autrice a menée en Pologne pour retrouver les traces de la vie de Simona Kossak. Elle a interrogé d’anciens amis, ses ex-collègues étudiants, sa nièce. Cette biologiste zoologue a passé plus de trente ans dans une maison forestière sans eau ni électricité à Bialowieza. Cette forêt, la dernière forêt primaire d’Europe, aux confins de la Biélorussie, abrite bisons, lynx, ours, loups, cerfs, martres, élans. Simona observe les interactions entre les animaux et leur milieu, ce qu’on appelle aujourd’hui l’éthologie. C’est la psychologie animale qui l’intéresse. Son mentor est Konrad Lorenz, psychologue animalier autrichien qui a reçu le prix Nobel. Mais ses collègues professeurs et chercheurs se moquent d’elle, l’appellent « la sorcière ». Selon eux, Simona n’a pas une démarche scientifique, « trop émotionnel, trop féminin. » « Elle s’adresse aux bêtes comme on parle aux enfants : doucement, sans les brusquer ». En effet, elle prend soin des animaux blessés, « les touche avec la délicatesse qui vient du fond de l’enfance, cette tendresse dont elle a manqué ». Elle pleure pour chaque arbre coupé. Elle se fait vite des ennemis parmi les forestiers et les chasseurs. Simona, par la voix de l’autrice, exprime avec poésie ce qu’elle ressent et comprend des animaux. « Les petits des cerfs, les faons, sont d’une douceur à fendre le cœur. La grâce. La peur à l’état brut. Leur mère leur apprend dès la naissance à ne pas faire confiance. À devenir invisible. Ne bouge pas. Sois vent, herbe qui frémit, peau de bouleau. Sois l’air que tu respires, tel est le premier enseignement, celui que les petits, devenus grands, n’oublieront jamais. » Parfois l’autrice donne la parole aux animaux. Une laie a été recueillie toute petite par Lech, un photographe animalier qui vit dans la même cabane que Simona et qui devient son compagnon. « La nuit, au début, je dormais avec elle. Plus tard, j’ai dormi entre l’homme qui m’avait trouvée et elle, sous les couvertures. Lui dormait d’un côté, elle de l’autre. Et moi au milieu. Mon dos et mon ventre, portent la mémoire de leurs caresses. Ma tête, les souvenirs de leurs baisers. » En dehors de Zabka la femelle sanglier, Simona et Lech ont recueilli un corbeau très joueur Korasek, des chouettes, une rate Kanalia, deux souris Alfa et Oméga, une cigogne dont la patte était brisée, deux élans Pepsi et Cola, et le lynx Agata, « son dernier amour et son plus grand chagrin ». Leur maison est devenue un laboratoire vivant. L’autrice a eu la bonne idée d’introduire dans l’ouvrage les photos prises par Lech où l’on voit Simona en compagnie des animaux : le corbeau joue avec sa natte, elle embrasse une biche, s’endort avec le lynx sur les genoux, comme un gros chat qui s’abandonne, la laie, devenue énorme, fait le ramasse-miettes sur la table. Ces photos viennent légitimer ce qu’on aurait du mal à croire. Simona y semble si heureuse. Selon une contemporaine interrogée, Simona était assez forte pour préserver sa liberté mais très sensible à la souffrance du vivant. À la fois forte et vulnérable. Entre les chercheurs polonais de cette époque et Simona, ce sont deux visions du monde qui s’opposent : d’un côté, ceux qui mesuraient, étiquetaient, disséquaient, de l’autre celle qui aimait. Voyant dans un documentaire un lynx étranglé par un collier émetteur trop serré, elle porte l’affaire en justice et obtient l’interdiction des méthodes les plus brutales. Pour elle, ce n’est pas un désaccord scientifique mais un abîme moral. Elle obtient aussi l’interdiction des pièges qui blessent les animaux. Pour Simona, la forêt de Bialowieza est une relique vivante qui « s’est construite seule, avec le vent, les arbres morts, les animaux morts, la lumière, la pluie, la neige, et la patience des siècles. » « Les arbres y tombent lorsque c’est leur moment, sans hâte, nourrissant les générations suivantes. Ici la mort ne détruit pas, elle féconde. » Les arbres ne sont pas que des arbres, ce sont des demeures pleines d’insectes, de mousse, de champignons. C’est un trésor génétique. « Chaque arbre que l’on abat ici, c’est une phrase effacée dans un poème. Chaque sentier qu’on bétonne, c’est une voix qu’on bâillonne, une énigme qu’on écrase. » Un forestier qui s’opposait à Simona, avoue aujourd’hui que c’était Simona qui avait raison. « Elle n’était pas contre toutes les coupes, mais contre les coupes aveugles, contre la gestion à court terme. Elle nous disait que la forêt de Bialowieza, ce n’était pas une forêt comme les autres. Et que si on la traitait comme une simple plantation, on perdait quelque chose qu’on ne pourrait plus jamais reconstruire. » Nadine Dutier (26/03/26) |
Sommaire Lectures ![]() Arthaud (Août 2018) 288 pages - 21 € ![]() Simonetta Greggio née à Padoue en 1961, a déjà publié une quinzaine de livres. Bio-bibliographie sur Wikipédia Retrouver sur notre site un autre roman de Simonetta Greggio : Bio-bibliographie sur Elsa mon amour |
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