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Ce roman met en scène trois personnages ; Wassim est le docteur qui vient de s’installer dans le village du pays d’Ouche où se passe l’action. On ne connaît rien de lui si ce n’est qu’il a un « nom imprononçable » au point que sur sa plaque le maire a inscrit « docteur ». On apprendra plus tard qu’il vient de Turquie, lorsque l’antiquaire lui proposera un livre illustré de photos prises à Istanbul. Il reçoit des lettres qu’il n’ouvre pas volontiers et le mettent mal à l’aise. Il a quitté le pays pour échapper à la répression qui s’abat sur les militants prodémocratie. Joseph est un enfant très solitaire. Élevé par sa grand-mère dans la ferme du Jardi, il ignore tout de l’existence de sa prétendue sœur Constance qui va s’installer dans sa vie brutalement. Sa grand-mère l’envoie jouer dehors dès qu’il est lavé et habillé. Le seul être avec qui il peut exprimer et recevoir de l’affection est le vieux chien briard qu’il cajole à longueur de temps. Même s’il ne parle quasiment à personne, il fait de grandes promenades aux alentours de la ferme et observe la faune et la campagne. Il entreprend de découvrir ce qui se cache dans son grenier malgré l’interdiction de la Mémé. Constance a quitté la ferme à l’âge de 17 ans pour s’installer à Paris avec son amoureux. Elle est revenue pour mettre Joseph au monde et est repartie sans jamais donner de nouvelles. C’est pourquoi Joseph ignore qu’il avait une sœur puisque c’est ainsi qu’on la lui présente. Constance est revenue car elle vient de subir un avortement et son état de santé est critique. Constance est aussi peu loquace que sa mère. Parler semble lui coûter un effort insurmontable. Même quand elle rencontre par hasard son ancienne meilleure amie, elle fait tout pour ne pas lui parler. Une fois remise, elle cherche du travail et accepte celui qu’on lui propose au supermarché, l’entretien du magasin avant et après l’ouverture pendant deux heures. Elle est payée un salaire de misère alors qu’elle voudrait épargner pour retourner à Paris. Dans ce roman bien sombre, le désir d’émancipation se heurte au principe de réalité qu’il s’agisse de Constance qui voulait quitter sa ferme et son village ou qu’il s’agisse de Wassim qui a perdu Assia, militante kurde très engagée dans la lutte politique qu’il aimait passionnément. En contre point, la naïveté, la fraîcheur de Joseph et la beauté des paysages normands sont lumineuses et paisibles. Lorsque la narratrice décrit ce que ressent l’un de ses personnages, elle passe souvent du « il » ou du « elle » au « je », sans pour autant mettre de guillemets car ce n’est pas un dialogue mais le cheminement d’une pensée intérieure, comme si ce passage grammatical permettait d’être au plus près de l’état d’âme, et nécessitait qu’elle puisse se l’approprier, le ressentir dans sa propre chair. Ces trois personnages sont des taiseux et des solitaires mais Joseph qui n’a pas de père et Wassim qui n’a pas d’enfant vont nouer une relation d’une grande délicatesse qui apporte réconfort et espoir. L’autrice décrit les paysages de l’Orne aux trois saisons du roman avec une extrême précision et une grande beauté. Quant aux personnages, elle les met en scène avec beaucoup d’élégance. Le style de ce roman a retenu mon attention aussi pour l’emploi de phrases très longues qui traduisent souvent la complexité des pensées des personnages, leurs questionnements sans fin, leur ambivalence. Un plaisir de lecture à savourer. Nadine Dutier (13/08/26) |
Sommaire Lectures ![]() Buchet_Chastel (Mars 2026) 320 pages - 23 € ![]() Anne Guglielmetti, née d'un père italien et d'une mère lorraine, est romancière et traductrice de livres d'art et d'architecture. Bio-bibliographie sur Wikipédia |
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