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Caroline HUPPERT


Une histoire cachée


Cette histoire cachée que raconte Caroline Huppert est celle de ses parents, une belle histoire d’amour rendue difficile parce que lui était juif et elle catholique. Avec ce livre, nous accompagnons Annick et Raymond de 1934 à 1945. Une dizaine d’années très compliquées mais c’était pourtant le début d’une histoire d’amour qui allait durer plusieurs décennies…

Le titre est à double sens. Il était impossible à une jeune fille catholique de vivre au grand jour une histoire d’amour avec un garçon juif et, qui plus est, d’espérer l’épouser.
Mais cette histoire est aussi restée en grande partie cachée à leurs enfants. « C’était la guerre », « Tu comprendras plus tard »…

« Il a fallu des années, et surtout le décès de ma mère, pour que mon père accepte de raconter son enfance et sa jeunesse avant son mariage. Peu à peu, il s'est senti délivré du secret de sa judéité, violent pour ses enfants, mais aussi pour lui. Alors je lui ai proposé de l'enregistrer. Il a accepté tout de suite, il voulait que j'écrive un livre, avec son aide. Tout ce qu'on nous avait soigneusement caché, il voulait que je le révèle et que je le transmette. Il avait 83 ans et une mémoire encore vive. »
Le travail de mémoire a été enrichi grâce à la découverte d’une centaine de lettres écrites par Annick à sa mère et à d’autres membres de la famille, des lettres où elle racontait son quotidien et transmettait les nouvelles des uns aux autres.

Annick Beau et Raymond Huppert se sont rencontrés en mars1934 lors d’une grande fête annuelle à HEC où étudie Raymond. L’école n’est pas mixte mais le soir de la Revue, des jeunes filles peuvent entrer « pour assister ou participer au spectacle. Les sœurs, les cousines, les amis des élèves parisiens étaient les bienvenus. »  Annick et Raymond sont présentés l’un à l’autre par un ami commun et une petite bande se forme pour se voir de temps à autres : promenades, cinéma, terrasses de cafés…
Le mois précédent, « certains jeunes gens ont participé aux violentes manifestations antiparlementaires du mardi 6 février 1934 menées par plusieurs ligues d’extrême droite sur un fond d’antisémitisme revigoré par l’affaire Stavisky. »
Raymond reste discret sur ses origines juives.

En 1933, Annick a passé les vacances en Allemagne. « La jeune Parisienne candide découvre un pays entier qui se convertit au nouveau régime et à l'adulation de leur Führer. Elle trouve encore "amusant que même de tout petits gosses lèvent le bras droit au-dessus de la tête en criant Heil Hitler ! Ils commencent jeunes ! On voit d'ailleurs des images de Hitler un peu partout." […] L'ingénuité d'Annick n'est pas étonnante. En 1933, les journalistes français ne prennent pas Hitler au sérieux, et si quelques-uns annoncent le danger que représente le mouvement nazi, c'est plutôt de l'ordre de la rumeur. » La suite malheureusement prouvera le contraire.

Annick va peu à peu être confrontée à tous les signes de la montée de fascisme et de l’antisémitisme. « Le 16 septembre 1935, Hitler fait voter par le Reichstag, réuni en session extraordinaire lors du congrès annuel du parti nazi à Nuremberg, une "loi sur la citoyenneté" et une "loi pour la protection du sang et de l'honneur allemands". Il s'agit d'exclure, politiquement et civilement, les Juifs de l'Allemagne. » Mais la France n’est pas l’Allemagne, à quoi bon s’inquiéter ? Et Annick n’est pas concernée. Du moins pas encore…

Elle est très attirée par Raymond et leur amitié prend les couleurs de l’amour. Honnêtement, Raymond préfère mettre la situation au clair. Il annonce à Annick qu’il est israélite, de père et de mère.
Quand Annick en parle à son père, la réaction est violente. « Tu es folle ma fille, arrête de te mettre des idées pareilles dans la tête, Raymond te plaît, mais ce n’est pas un parti pour toi ! Un Juif, et puis quoi encore, pourquoi pas un nègre ! »
Il faudra longtemps et beaucoup d’événements avant que le père d’Annick accepte cette relation mais la jeune femme est très amoureuse et malgré tous leurs efforts pour ne plus se revoir, rien ne pourra jamais vraiment les séparer.
Ils se marient civilement à Paris en octobre 1940 en l’absence d’une partie de la famille, le "clan des opposés". Puis ils partent à Saint-Jean-de-Luz qui est aussi en zone occupée donc sans franchissement de la ligne de démarcation. Raymond ne s’est pas fait baptiser mais le prêtre accepte de donner sa bénédiction à condition que le jeune homme « s’engage à élever les enfants issus de ce mariage dans la religion catholique apostolique et romaine ».

Ce livre, très riche en informations sur cette période, présente presque au jour le jour, la vie et les pensées d’Annick. Elle évoque les conditions difficiles de la guerre, les problèmes d’emploi et d’argent, les passages clandestins de zone libre en zone occupée et inversement, et au-delà de tout ça, les voisins, les amis, les membres de la famille, qui sont arrêtés, incarcérés à Drancy ou ailleurs, et déportés à Auschwitz.

C’est un document poignant et un bel hommage à un couple déterminé et courageux qui a refusé de céder aux pressions antisémites et qui n’a jamais cessé de lutter contre le nazisme, les armes à la main en ce qui concerne Raymond qui a reçu trois citations pour actes de bravoure en 1940 et combattu avec la 1ère armée française jusqu’en Allemagne en mars 1945. Annick, quant à elle, a fait tout ce qu’elle a pu pour aider les uns et les autres. Un couple aussi héroïque que discret. Il est légitime de leur rendre hommage aujourd’hui.

Serge Cabrol 
(26/05/26)    



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Mercure de France

(Avril 2026)
288 pages - 22 €









Caroline Huppert

est réalisatrice et scénariste pour le cinéma et la télévision.



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