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Raphaël JERUSALMY


Navré


Gustave, riche et solitaire vit dans un hôtel particulier de la cité bergère à Paris. Il a beaucoup de rituels, notamment autour de ces promenades et de ses repas. En fait, il ne vit pas totalement seul puisqu’il a un couple à son service, Joséphine la cuisinière et Augustin son mari, l’homme à tout faire de la maison.
Séraphine est un fin cordon bleu et Gustave un exigeant gourmet. Ils sont faits pour s’entendre et gare à ceux ou celles qui voudraient se glisser entre eux…

Pour les promenades, le rituel consiste à choisir une canne parmi la collection qui emplit les neuf porte-parapluies du hall, avec des pommeaux de toutes formes et de toutes matières, dont certains cachent une arme, lame ou pistolet. La canne doit être adaptée à l’heure, la météo, l’itinéraire…

Gustave a un ami, le docteur Rouillot, qu’il retrouve régulièrement dans un restaurant pour une partie de dames suivie d’un fin repas.
Quand s’ouvre le roman, Séraphine est souffrante, incapable de cuisiner correctement. C’est un gros souci pour Gustave qui demande l’avis de son ami médecin. Diagnostic guère satisfaisant : « Votre servante souffre d’une affliction de l’âme. Rien de bien grave. Du repos, des tisanes. »
C’est Augustin qui révèle à Gustave l’origine du malaise de Séraphine.
« Elle a bien de la peine, voyez-vous.
– Non, je ne vois pas.
– À cause de la dame qui vient d'emménager juste en face, au numéro 6.
– Je t'écoute, dit Gustave, toujours penché sur sa collection.
–Séraphine pense que son mari la bat.
- Tiens donc !
– Elle entend des cris, des gémissements, tard dans la nuit. Elle n'en dort plus. C'est pour ça qu'elle est fatiguée...
Augustin hésite.
« ...Et un peu distraite. »
Ça ne peut pas durer, il faut remédier au problème…

Outre cette histoire de voisine battue, Gustave va avoir d’autres sujets de préoccupations.
Tout d’abord au jardin d’Acclimatation – on est en 1889 – il découvre un groupe de "sauvages". « Ils sont une petite douzaine, accroupis au bord de l’eau saumâtre qui ceint l’îlot sur lequel ils sont exhibés. Derrière eux, des harpons, des sacs tressés, des calebasses peintes gisent aux pieds d’un arbre nu. Et quelques poissons sèchent, pendus à un fil. À la lecture de la pancarte explicative, on serait en droit de s’attendre à mieux. "Yagan intrépides pêcheurs des archipels de la terre de feu". » Par le regard, il entre en relation, avec l’un d’entre eux…

Et puis, il y a Laure ! Il l’a rencontrée dans les jardins du palais Royal Elle était assise non loin de lui et elle lisait. Curieux, il s’est approché et lui a demandé la nature de sa lecture. Les difformes et les malades dans l’art du Dr Charcot.
« – C’est joliment illustré, dit-elle tout en faisant défiler les pages entre ses doigts.
Gustave entraperçoit des gravures de culs-de-jatte et de bossus, de vérolés et de lépreux. »
 Puis elle ajoute qu’elle a adoré le précédent, celui sur les démoniaques dans l’art.
« –Ah, murmure Gustave qui n’a jamais su parler aux femmes. Ni les écouter. »
Mais celle-ci le surprend et il va vouloir la revoir. Une étrange relation va s’instaurer entre eux.

En fait, c’est l’atmosphère du roman tout entier qui est étrange. La vie de cet homme seul dans sa grande maison avec sa collection de cannes, sa cuisinière plus fine qu’on ne le pense, Laure qui le séduit et l’effraie à la fois, et puis des morts dont on ne sait qui les a tués jusqu’à la fin de livre où l’on comprend bien des choses…

Une plongée savoureuse dans le Paris de 1889 aux côtés d’un personnage apparemment élégant et raffiné mais entouré d’un certain mystère que l’inspecteur Lefèvre, chargé d’enquêter sur les crimes et les disparitions, aura bien du mal à éclaircir.

Serge Cabrol 
(05/10/26)    



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Noir & polar








L’animal
(Septembre 2026)
224 pages - 20 €

Version numérique :
13,99 €









Raphaël Jerusalmy
né à Paris en 1954,
a déjà publié
une douzaine de livres.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia







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