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Le strabisme intermittent se déclenche en cas de grande fatigue ou de choc émotionnel. La façon dont le père le provoque pour que le spécialiste puisse le constater est assez violente mais efficace. À onze ans, elle est opérée mais, six mois après la cicatrisation, le strabisme est revenu. Il faudra vivre avec. Mais, après tout, « Que serait-il arrivé à la pensée de Sartre si, à l’époque, on l’avait opéré pour forcer chez lui une vision binoculaire ? Qu’est-ce qui dans sa pensée, son regard sur le monde, aurait été modifié ? » Victoria évoque au fil du livre, de nombreux artistes et leur rapport à la vision : une sculpture de Giacometti (Pointe à l’œil) ; les lunettes noires d’Isabelle Adjani ; Perec à qui on demande de rédiger l’introduction d’un ouvrage collectif consacré aux lunettes alors qu’il jouissait d’une excellente vision ; le regard de la modèle dans La femme au perroquet de Manet ; mais aussi Descartes (« au dix-septième siècle, une personne souffrant d’un strabisme était désignée comme une personne louche », Beckett, Rembrandt, et bien d’autres encore… L’autrice cite aussi Marguerite Duras dans La vie matérielle : « Je crois, la mère, dans tous les cas ou presque, dans le cas de toutes les enfances, dans le cas de toutes les existences qui ont suivi cette enfance, la mère représente la folie. Elle reste la personne la plus étrange, la plus folle qu’on n’ait jamais rencontrée, nous, leurs enfants. » De nombreux thèmes sont évoqués au fil du livre. Victoria les enchaîne par des liens logiques et dédramatise beaucoup de situations par l’humour et son inépuisable sens de la formule. Ainsi pour parler de sa sœur aînée, Eve : « Elle quitte la Grande-Bretagne pour l’Australie. Troquer la Manche contre un océan pour faire rempart à une mère déchaînée, ça ne peut se refuser. » Le strabisme intermittent de Victoria nous offre un regard caustique sur sa vie depuis l’enfance, sur l’impact social et psychologique d’une différence de quelque nature qu’elle soit, et, une fois adulte, sur les relations souvent difficiles avec les parents vieillissants. Après trois albums pour la jeunesse, voilà un premier roman très réussi, porté par une écriture vive et incisive qu’on retrouverait avec plaisir dans d’autres ouvrages. À suivre… Serge Cabrol (12/10/26) |
Sommaire Lectures ![]() Verdier (Août 2026) 128 pages - 17,50 €
Bio-bibliographie sur le site de l’éditeur |
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