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Marie-Hélène LAFON
Hors champ
Nous retrouvons Gilles et Claire croisés dans des textes précédents. Marie-Hélène Lafon fait vivre pleinement ses personnages et le Cantal, son terroir natal, au fil de ses écrits. La vie dans une ferme du Cantal est rude pour tous les membres de la famille. Gilles, qui a la cinquantaine, et son père ne se supportent pas. Les parents vieillissent ; la mère a ses habitudes ; Gilles n’est pas heureux dans sa vie ; Claire, la sœur qui écrit des livres, vit à Paris et reste très peu de temps dans la ferme quand elle vient en hiver. À partir du printemps et pendant l’été, elle loge dans sa maison à elle, pas très loin, son lieu de vacances privilégié. Elle y retrouve les paysages, la Santoire, rivière qui coule dans la vallée. « Les libellules de la Saint-Roch sont un secret vert et bleu, fugace et têtu. Claire a ses adjectifs et les déroule en attendant le miracle ; elles sont là, dansantes et moirées, elles ne sont plus là, elles ont été là. L’image est parfaite, elle l’emporte ; elle suit le cours de la rivière jusqu’au bout du pré, à pas lents et silencieux, presque recueillis. » Tout devient complexe à la ferme. Le père n’a plus de force pour les travaux de la ferme, la mère tombe malade, Gilles se décourage face au vide de sa vie et aux charges qui lui incombent, la fille fuit à Paris même si le lien avec la terre, avec l’enfance, avec la famille est indéfectible. « La ferme est pour le fils, on la tient à bout de bras pour lui, Gilles, le fils, il doit la reprendre, continuer, elle est à eux et à lui, il a besoin d’eux et ils ont besoin de lui, même si le père dit le contraire, lance des phrases, parle de vendre plutôt que de trimer pour payer un ouvrier et maintenir la ferme à flot pour le fils, que le fils se débrouille, qu’il aille gagner sa vie ailleurs, chacun pour soi. La mère ne veut pas lâcher la ferme qui est le lot du fils et leur raison de vivre à eux les parents. La ferme leur fait honneur et devoir, à eux, les trois ; pour la mère, la sœur n’a rien à voir là-dedans, la sœur vit et a toujours vécu sur une autre planète. » L’écriture de Marie-Hélène Lafon crée sous nos yeux toujours émerveillés les paysages du Cantal avec leurs senteurs, leurs odeurs, leurs lumières… Les sensations nous traversent, nous marchons à ses côtés et partageons ses émotions. Dans une période où les paysans s’inquiètent pour leur avenir, Marie-Hélène Lafon décrit avec justesse ce malaise profond et grandissant qui nous concerne tous. Comment ne pas partager la détresse de toutes ces familles, ces derniers Indiens comme l’écrivait Marie-Hélène Lafon dans l’un de ses précédents romans ? Les mots de cette talentueuse écrivaine nous touchent par sa sincérité en nous plongeant au cœur de cette famille où les mots peuvent aussi être parfois cinglants.
Brigitte Aubonnet
(26/01/26)
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Lectures

Buchet-Chastel
(Janvier 2026)
176 pages - 19,90 €
Version numérique
13,99 €

Marie-Hélène Lafon
Bio-bibliographie sur
Wikipédia
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