![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
Retour à l'accueil du site |
|
Simona Lo Iacono raconte les heurs et malheurs de la toute première femme juive médecin dans tout le royaume de Sicile. Elle s’appuie sur un document historique réel, conservé aux Archives d'État de Palerme, qui autorise Virdimura à pratiquer son art. « En novembre 1376, les augustes docteurs et le Dienchelele accordèrent à la doctoresse Virdimura la licence de soigner. Après l’avoir interrogée et avoir sondé son habileté, ils la soumirent à des épreuves pratiques et certifièrent qu’elle était experte dans l’art médical. » Avant cela, la jeune femme connaît mille tourments. Virdimura, un prénom féminin apparemment mystérieux et longuement médité par son père, Urìa, le médecin le plus jeune du quartier juif de Catane. Homme « D’une taille peu commune. Avec les yeux des Grecs et le front des juifs. » Sa fille n’aura pas « un prénom sans destin. » Il retarde le choix de ce dernier et attend le signe qui ne lui échappera pas pour respecter la promesse faite à son épouse reposant dans son linceul. La venue au monde de Virdimura débute par les douleurs de la délivrance de sa mère et après deux jours de travail, celle-ci décède. Elle inspirera Virdimura par son courage. « Elle n’aimait pas renier la souffrance. Contourner la blessure. Quand on était dans la vie, on devait tout accueillir, la nuit, la mort, l’espérance, la prophétie. » Urìa, son père, pratique la médecine mais également « Il était, Urìa, comme un contemplateur ému par les langages qui lui arrivaient du déplacement des feuilles. » Un homme curieux ouvert aux merveilles du monde rapporte sa fille, « Mon père disait que ce n’étaient pas seulement les plantes qui fournissaient la thérapie. Mais aussi la musique. Le rythme. Le bain de mer. La conversation avec les poètes. L’observation des étoiles. » Maître Urìa gratte une mousse étrange qui pousse sur les murs et la transforme en médicament. Un jour donc, pendant qu’Urìa gratte la mousse d’un mur, sa fille encore bébé s’éveille et contemple, ravie, les murs. Urìa peut enfin tenir parole et donner le prénom réclamé par sa communauté impatiente. « Sois bénie, fille bien-aimée. Tu t’appelleras Virdimura, Vertdemur. » Virdimura ne pouvait connaître un destin quelconque. Difficile de trouver sa voie lorsque l’on est assaillie de questions sans réponses et d’échapper aux préjugés. « Non, je n’étais qu’une femme. Race de rejetées, de licornes, de monstres. » Cependant, Virdimura accueille la vie, la calque sur celle de son père. « Je n’ai jamais eu de maître. C’est mon père qui m’enseigna tout ce qu’il savait. L’écriture et la lecture, parce qu’à un malade incurable, il faut sourire souvent, tandis qu’à un malade curable, il faut chanter. » Urìa et sa fille résident près de la plage. « Notre maison ne ressemblait à nulle autre. Au-delà de la balançoire et de la meule, le scandale venait du laboratoire dans lequel mon père disséquait les cadavres, étudiait la route des artères, reportait sur un parchemin les découvertes que lui révélait le corps humain. C’était le laboratoire d’Urìa, une salle des pensées et des expériences. » Virdimura apprend à soigner, examiner les urines ou alors à observer le ciel. Elle suit les principes de son père, un homme libre pour qui autrui mérite le dévouement. « Mon père ne s’inquiétait pas des lois qui classaient les divinités, il pensait que Dieu se portait au secours de chacun. Il n’aimait pas ceux qui donnaient à chaque chose sa juste place. Il préférait les peu avisés, les échevelés, les scandaleux. » Ses patients sont des indigents auxquels il ne demande aucune rémunération. « Cette gratuité faisait concurrence aux autres médecins. » Urìa écope d’amendes qu’il règle sans jamais s’irriter et continue à exercer comme d’habitude. Un jour, une horde de Catanais pleins de fureur envahit la plage et immobilise Urìa qui avait eu le temps de cacher Virdimura. Quand elle sort de sa cachette, Virdimura constate la disparition de son père et de la destruction du laboratoire. Seule pour la première fois et animée par une abnégation admirable, presque surnaturelle, héritage de l’indéfectible enthousiasme transmis par son père, Virdimura œuvre jour et nuit pour reconstruire et finalement secourir, soulager et guérir la misère ambiante. À rebours d’une société rigide, intolérante et peuplée de doctes imbus de leur science, elle risque sa vie, impose une médecine à hauteur humaine, hors des sentiers battus du dogmatisme, pragmatique, avec ses réussites et ses échecs. Virdimura a bénéficié pour sa formation de l’aide de deux hommes, décisifs et exceptionnels. D’abord d’Urìa, son père, puis de Pasquale. Sans eux, elle n’a pas le droit de soigner. Pasquale épouse Virdimura, pratique, lui aussi, une médecine non conformiste dans l’esprit de son père Josef de Medico qui n’est autre que le maître d’Urìa. Il s’attire bien sûr les foudres de la profession par ses découvertes et la méfiance des bien-pensants. Virdimura et lui pâtissent de leur incompréhension et de peu de reconnaissance malgré leur apport médical à contre-courant. Ils deviennent vite les boucs émissaires responsables de maux diaboliques. L’autrice délègue la narration à son héroïne Virdimura. Le ton convainc par une écriture ciselée, riche d’une langue au vocabulaire botanique et médical ad hoc d’un autre temps. Cette conviction épouse la narration, accroche le lecteur en 160 pages efficaces, donne vie et consistance aux personnages, ressuscite une époque. Normal, Virdimura défend sa cause avec celle de ceux qu’elle soigne et se raconte en même temps devant les augustes docteurs aux connaissances livresques qui la somment de démontrer ses capacités. Elle insuffle et incite à plus d’humanité pratique que théorique. Quant à la considération féminine … Michel Martinelli (08/06/26) |
Sommaire Lectures ![]() Métailié (Février 2026) 176 pages - 20 € Version numérique 9,99 € Traduit de l’italien par Serge Quadruppani
|
||||||