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Veronika MABARDI


Sous le regard des statues de Camille Claudel


Veronika Mabardi nous offre une réflexion très personnelle et tout à fait passionnante sur l’œuvre de Camille Claudel. Les analyses sur la sculpture, sur les intentions éventuelles de l’artiste, sont précises et nous apprennent beaucoup sur les étapes de la création.

Plusieurs œuvres sont étudiées minutieusement. Par exemple, le Dieu envolé se révèle sous la plume de Veronika Mabardi :
« Qu’on la voie ou non, elle est pour toujours suspendue au ciel. Elle ne nous demande pas de la regarder, n’attend rien de nous, ne semble pas même savoir qu’elle est nue, exposée.
Le vide entre ses mains est consistant. Aucun doute, il y a un instant, il y avait une peau contre la sienne. Ce vide entre les mains tendues me semble être le centre d’une sculpture incomplète. Comment dire ? La femme est à genoux sur le sol, mais le centre n’est pas en elle. Le mouvement est amputé. Il devrait y avoir quelque chose, quelqu’un face à elle, en haut. Mon cerveau veut qu’il y ait quelqu’un, pour équilibrer la sculpture. Ce malaise de l’absence est physique ; il me déséquilibre et me force à revenir vers elle, qui supplie. Implore. »

Le travail et la vie de Camille Claudel se mêlent. Certaines œuvres ont disparu et ont été retrouvées plus tard. Le travail de restauration est essentiel.
« On voit ce que ce travail demande de contorsions, de précision, pour atteindre les rainures de la chevelure, le creux de l’aisselle, la cuisse, et on se dit que le corps de la restauratrice doit savoir quelque chose du corps de la sculptrice, de son acuité, sa mobilité, son endurance. Des heures à tourner autour de la figure fragile, à tenter d’atteindre la nuque, à prendre soin, réparer, rendre sa puissance à la fille à genoux. »

Le Musée explique le parcours de l’artiste avec les peintres qui l’ont précédée et ont pu l’influencer, le rôle joué par la photographie pour permettre de décomposer le mouvement, pour créer le lien entre la nature et la sculpture.

C’est un texte très original, très généreux qui nous permet de voyager dans l’œuvre de Camille Claudel, cette femme rebelle qui avait tant à exprimer.
« Claudel tente autre chose. Elle montre une femme qui est, qui va, qui sera. La statue n’efface pas le modèle, le sujet n’efface pas le corps. Elle porte une idée puissante, mais c’est d’abord un corps, une manière d’exister qui nous parvient. La sculptrice a vu et laissé se déposer cette présence dans la matière, patiemment, profil après profil. »

Veronika Mabardi nous plonge dans les différentes étapes de la création, de la restauration et de la perception d’une œuvre et des émotions qu’elle génère.
C’est une exploration très riche et très sensible à partager.

Brigitte Aubonnet 
(28/05/26)    



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Esperluète

(Mars 2026)
160 pages - 20 €









Veronika Mabardi

née en Belgique, d’un père à demi égyptien et d’une mère flamande, vit aujourd’hui à Bruxelles



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