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Isabelle MAYAULT
Toute la misère du monde
Sayonara, le personnage principal de ce roman, est assesseure à la Cour nationale du droit d’asile. C’est la Cour qui a le pouvoir de donner ou pas une deuxième chance aux exilés qui n’ont pas obtenu le statut de réfugié auprès de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides). L’autrice nous permet d’assister à des tranches de vie souvent dramatiques. Qu’il s’agisse de pays en guerre, de répression ou de règlements de compte, qu’il s’agisse de la faim et de la misère extrême, ou de la traite des femmes, Sayonara ne veut pas s’habituer. Elle traite avec un infini respect les demandeurs d’asile, avec empathie et recherche de justice. Elle pointe les « deux poids, deux mesures » dans les décisions selon que le demandeur est ukrainien ou gazaoui. Le racisme et l’injustice la révoltent particulièrement. Au début du roman, Sayonara est enceinte d’un deuxième enfant alors que l’aîné Tiago qui n’a que deux ans, semble hyperactif et pique des crises dès qu’il est contrarié. Elle est épuisée et s’en veut chaque fois qu’elle perd patience avec Tiago. C’est de cette interaction entre sa vie de mère et d’épouse et sa vie professionnelle, entre l’intime et la misère du monde que le roman puise sa force, sa sincérité. Isabelle Mayault est journaliste grand reporter, elle connaît bien le Moyen Orient et l’Afrique de l’Ouest. Les audiences qu’elle rapporte sont documentées, elle est sans illusion et critique parfois le peu de professionnalisme des avocats. À travers les pensées et l’art de vivre de Sayonara, c’est probablement l’autrice qui se dévoile. Ses romans précédents – dont La chouette d’or chroniqué sur Encres Vagabondes – ont été récompensés. Son style, son imagination porte le lecteur dans des drames humains déchirants. Elle dépeint la vie des requérants avec dignité même lorsqu’ils sont interrogés sur les tortures qu’ils ont subies. Les autres personnages du roman ; le compagnon de Sayonara, Arturo est d’origine italienne. Il travaille dans une association humanitaire. Quand Arturo lui annonce qu’il doit partir en Ukraine en plein conflit, Sayonara ne l’empêche pas de partir malgré son épuisement et ses craintes car chacun respecte plus que tout la liberté de l’autre. Quand ils partent ensemble en Italie, rendre visite à leur famille, ils notent à quel point les enfants sont acceptés partout sans qu’il y ait de commentaire offusqué. Pour donner une idée de l’ambiance des procédures de la Cour, cet extrait concerne Issa Sawadogo qui a fui le nord du Burkina Faso où les djihadistes sèment la terreur. « Par malheur pour le requérant nommé Issa Sawadogo, l’avocat qui lui avait été attribué par le bureau d’aide juridictionnelle était l’un de ces vieux beaux faisandés que recyclait parfois la Cour. Les arguments de Maître Bartolo semblaient avoir le même âge que son catogan. Mais Issa Sawadogo avait compris d’emblée qu’il était inutile d’attendre son salut de ce côté-là de la salle, et prouva rapidement être capable de se défendre tout seul. "Monsieur Sawadogo, dit la juge Buget, j’ai ici sous les yeux vos papiers d’identité. Un passeport […] le certificat de naissance de votre père. Donc ça, c’est vraiment très bien. Nous les juges, on aime bien quand les papiers sont en ordre et sans fioritures. Mais nous allons toutefois procéder à quelques vérifications, c’est la procédure." Issa Sawadogo avait noté que la juge s’adressait à lui comme à un écolier. » Plusieurs épisodes rocambolesques étonneront les lecteurs vers la fin du roman.
Nadine Dutier
(16/04/26)
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Lectures

Gallimard
(Février 2026)
448 pages - 24 €
Version numérique
16,99 €

Isabelle Mayault
est reporter. Toute la misère du monde est son troisième roman.
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son précédent roman :
La Chouette d’or
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