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Krishna MONTEIRO

Le mal de Lazare


            « Je t’ai appelé Lazare, je t’ai nommé Lazare, je t’ai baptisé Lazare. Je t’ai appelé Lazare, et pourtant je n’ai jamais su ton nom. Ce soir là – la nuit commençait à tomber -, Lazare, du haut de la colline je t’ai vu au loin sur le sentier. Le pas sec comme celui du poème, les bras lourds, engourdis, tu parcourais la route qui bientôt déboucherait sur la mer. »
             Le « je » c’est la narratrice du roman, la narratrice des pas de Lazare, qui emploie généralement un « tu » et parfois, à la fin du roman, passe au « nous », sans oublier le « vous ». C’est la narratrice invisible aux yeux de Lazare, mais qui pourtant le suit partout, narre sa déambulation en le tutoyant. « Parfois, je me demande à quoi ressemble la ville vue par tes yeux […] Tu continues de marcher. Je cherche à te rattraper. Mais sur le chemin du retour, je vois que tu es toujours aussi pressé, comme lorsque tu marchais vers l’abattoir, et tu creuses encore une fois un écart entre nous. […] Je reprends mon souffle. Je tente de dominer cette fatigue qui revient et qui constitue pour moi une étrange nouveauté. Et je me demande si vous, et en disant ce mot,
                        Vous,
                        ton dos est à nouveau à ma portée.
                        Je redis,
                        Vous
                        Et je me retrouve avec ta nuque juste en face de mes yeux… »
          Ce jeu de personnes de narration, avec une certaine ambiguïté de certains pronoms, crée un monde étrange, de conte et d’allégorie biblique, quand on se réfère au nom de Lazare.

            Lazare, puisque c’est son nom, travaille aux abattoirs où il libère les bêtes qui doivent mourir pour nourrir. Il peint dans la ville et sa problématique est d’enfermer les bruits de la ville dont les murs conservent la mémoire. « Lorsque viendra l’heure d’élucider les raisons, les symboles, les motifs, je comprendrais peut-être comment du jour au lendemain tu as été capable d’emprisonner dans tes dessins des bruits qui jusqu’alors se déplaçaient librement. » Mais en même temps le dessin bien fait restitue les sons, car le dessin restitue la vie comme cet homme qui s’écroule au marché et que la peinture à la pierre crayeuse va faire renaître.

            Le mal de Lazare, la lèpre qui ronge jusqu’à la mort, est un roman sur les sons, la peinture et la mort qui dans une belle prose et un subtil jeu de personnes nous ramène à l’exergue : « …la machine du monde s’entrouvrit
      A celui qui d’essayer de la percer s’était lassé
      Et qui d’y avoir seulement pensé se lamentait. » (Carlos Drummond de Andrade, La machine du monde.)

Michel Lansade 
(05/06/26)    



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La lampadaire

(Février 2026
200 pages - 17 €

Traduit du brésilien par
Stéphane Chao







Krishna Monteiro,
né au Brésil en 1973, est diplômé en économie et diplomate. Le mal de Lazare est son
deuxième livre.