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Lucile MOYANO


Entre mille eaux


C’est un roman étonnant sur une famille dysfonctionnelle. Jacinthe est en route pour aller voir sa mère qui a déménagé après le décès de son mari.
« Cela me faisait du bien de mettre de la distance entre nous. J’aimais moyennement la personne que ma mère devenait en vieillissant, quelque chose me gênait. J’avais du mal à désigner quoi ; sans doute une somme de détails qui s’étaient mis à enfler en même temps que son goitre et ses varices. Nous nous étions un peu fatiguées toutes les deux, après la mort de mon père. Durant un moment, le téléphone avait suffi. Puis peu à peu, le temps passé loin d’elle m’avait conféré assez de légèreté pour que je puisse à nouveau envisager une visite. À vrai dire, c’était peut-être pour féliciter ma mère de m’avoir laissée tranquille tout ce temps que je faisais ce jour-là le chemin. »

La relation entre Jacinthe et sa mère est complexe et elle réalise avec stupeur que son père a été incinéré. Elle est furieuse car elle a été écartée de la cérémonie. Plus rien ne subsiste de leur vie d’avant dans une ferme où ils avaient accumulé de multiples objets. Et le nouveau lieu de vie de sa mère est plus qu’étonnant.

Peu à peu, nous découvrons la vie de Paul et Zuzanna qui ont eu Jacinthe sans vraiment le désir d’être parents. Ils étaient hippies et à sa naissance, c’est Karissa, une femme de la communauté hippie, qui s’est occupée de Jacinthe car Zuzanna ne s’y intéressait pas. Puis Paul et Zuzanna ont quitté la communauté pour vivre dans une ferme où ils ont laissé Jacinthe vivre sa vie sans vraiment s’occuper d’elle.

C’est un roman qui évoque la maternité de différents points de vue. Jacinthe ne veut pas d’enfant comme sa mère, Zuzanna. Paul, le père de Jacinthe, a finalement su créer des liens avec sa fille. Hélier, le compagnon de Jacinthe, lui, a un désir d’enfant. Il offre son sperme à un couple de lesbiennes puisque Jacinthe ne se sent pas prête pour la maternité.
« – Je suis sûr que ce sera une fille ! Elle sera obligée de me ressembler, tu vois ? Forcément, elle va me reconnaître. On sent le sang, on le sait ! Je trouve ça génial ; je me sens comme un arbre, un énorme chêne qui déploie ses racines et ses branches bien au-delà de l’endroit où il a poussé ! Ce qu’on fait, là, tous ensemble, c’est le salut de l’espèce. Faire des bébés les uns avec les autres ! »

Mais cette situation particulière entre Hélier, Joanne et Inès va bouleverser le couple d’Hélier et Jacinthe. Devenir père ou devenir mère est parfois bien complexe ce que rend bien ce roman qui aborde la famille et la filiation avec beaucoup de respect.

L’eau est un thème que l’on retrouve à plusieurs reprises dans le roman notamment dans les dernières pages où Jacinthe vit une expérience extraordinaire avec Karissa dans le fleuve Approuague en Guyane.  
« – C’est toi qui dois voir et entendre. Retrouver le fil de ta propre histoire. Si je te donne mon fil, il ne te servira à rien. Ni à te guider ni à te réchauffer. C’est ton corps qui va vivre avec tout ça encore de nombreuses années. Il doit apprendre à respirer sous l’eau et à se glisser dans le courant. Rio abajo rio, comme disent les anciens. »

Ce texte nous embarque bien loin avec ses personnages dans leurs quêtes, leurs contradictions et leurs émotions puisque chacun cherche sa place au cœur des relations humaines qu’ils tissent dans la complexité. C’est un roman qui interroge, dépayse et se lit avec beaucoup de plaisir car l’on s’attache à la problématique de chacun des personnages.

Brigitte Aubonnet 
(27/08/26)    



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Lucile MOYANO, Entre  mille eaux
L’Observatoire

(Août 2026)
320 pages - 22 €







Lucile Moyano
Entre mille eaux
est son premier roman.