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Anne-Solange MUIS


Écume d’hiver


Ce roman nous emmène à Saint-Pierre-et-Miquelon, cet archipel français de l’Atlantique Nord, proche du Canada, où vivent deux frères, Michel et Jean, dans deux maisons voisines, celle des parents et celle des grands-parents.
« Michel craint toujours que la mer s'empare de ses casiers. Il la sait sans compassion pour le marin qui lui dédie sa vie. C'est ainsi que sont morts son père et son grand-père, avalés tout entier par l'océan qui n'a rendu à la terre que leurs cirés vidés des corps. Aujourd'hui, ce sont les deux frères qui tiennent l'entreprise familiale. Michel part pêcher si le temps le permet, pose des pièges pour le homard et le crabe, attrape quelques morues, de l'aiglefin, du haddock ou des poissons plats pour qu'ils soient vendus aux restaurants de l'île ou aux habitants qui leur passent commande. C'est Jean qui s'occupe de cette tâche. Chacun a un rôle bien établi, maintenant ainsi l'équilibre de l'activité séculaire. »
La vie est rude, le climat souvent agité, la solitude pesante.

Pourtant, Jean a été marié et il a eu un fils, Yoann, mais il n’a revu ni l’une ni l’autre depuis quinze ans. Un jour, elle a pris son fils par la main et elle est partie. C’est Yoann qui nous le raconte. Il a maintenant vingt-cinq ans et il est libraire à Nantes.
« Ma mère parlait fort. Elle disait des mots que je ne voulais pas entendre : "Je pars. Ici, c'est pas une vie pour une femme." […] Mon père n'a pas essayé de nous retenir. Il savait que c'était inutile ; que ma mère avait raison ; que la vie de marin, cen'est pas une vie pour une femme ; que bientôt, je quitterais l'île pour mes études. »

Aujourd’hui, Yoann reçoit un appel de son oncle Michel. Jean a disparu. Une nuit de tempête, une brebis s’est échappée. Jean a cherché à la rattraper. On ne l’a pas revu depuis. Les battues n’ont rien donné. Ce n’est qu’un mois plus tard qu’on retrouve son corps. Michel rappelle Yoann. « Je ne peux pas enterrer Jean sans toi… Il ne comprendrait pas ! »

« L’annonce de son décès me fait l'effet d'un électrochoc. On n'a qu'un père. Lui n'avait qu'un enfant. Après l'appel de Michel, je prends conscience de la gravité de la nouvelle. Celle-ci efface toute rancune. Je prends congé de la librai­rie, rends les clés de mon meublé et utilise l'intégralité de mon salaire et de mes économies pour payer le billet d'avion vers Saint-Pierre-et-Miquelon. »

On est à la page 67, le reste du roman se déroule à Miquelon…

Yoann découvre de nombreux documents dans la maison de son père et apprend à mieux le connaître et le comprendre alors qu’il n’avait jusque-là que le point de vue de sa mère.
Michel emmène Yoann à la pêche. Il aimerait que le jeune homme prenne la relève de Jean.

Nous suivons les réflexions de Yoann, les souvenirs de son enfance qui émergent du passé, les sensations qu’il redécouvre, les difficultés de la vie dans ce territoire si éloigné de la métropole mais aussi sa beauté sauvage si impressionnante.

Au fil des pages, nous accompagnons Yoann dans ses découvertes et son acclimatation progressive au quotidien qui a été celui de son père et qui reste celui de son oncle.
Mais sera-ce suffisant pour qu’il s’y installe ?

Anne-Solange Muis réussit là un roman très fort et passionnant, sur la relation père-fils, sur les traces indélébiles de l’enfance dans une vie d’homme, et sur les conditions d’existence dans cet archipel battu par les flots et le vent.

Serge Cabrol 
(11/05/26)    



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Phébus

(Mars 2026)
208 pages - 20,50 €

Version numérique
14,99 €













Anne-Solange Muis
est géographe. Elle a créé la maison d’édition Terre Urbaine, qui publie des essais sur l’écologie,
les territoires et la ville.
Son premier roman,
Une île pour elle,
a reçu plusieurs prix,