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Gaëlle OBIÉGLY
Rien à voir
« C’est si peu clair, l’art. Comment les gens y trouvent-ils leur chemin ? » C’est l’un des personnages de Rien à voir qui pose cette question et elle pourrait résumer à elle seule le projet du livre : tenter de définir, non pas ce qu’est l’art, mais comment il advient et ce qu’il apporte à chacun, artiste ou public.
Gaëlle Obiégly n’a toutefois pas écrit un traité sur l’art, non pas du tout. Rien à voir est un véritable récit puisque sa géniale autrice sait mener plusieurs missions à la fois : la sienne, écrire un ouvrage sur la création, et celle de sa narratrice, Rose de nuit, embauchée par un plasticien afin de relater la mise en place d’une rétrospectivre de son œuvre. L’ensemble est imbriqué ou entrelacé, fait de digressions toujours fameuses et maîtrisées sur l’art en général et sur celui de l’artiste commanditaire en particulier : Ari Bosochur – alias Boris Achour, cet artiste contemporain qui peut remercier Gaëlle Obiégly d’avoir si bien su mettre en valeur son travail, un travail qu’elle aime à n’en pas douter.
Car tout est jouissif dans Rien à voir. C’est à la fois drôle et intelligent, toujours à portée de sens, éclairant, lumineux. Le lire, c’est se dire que l’on attendait depuis toujours qu’un auteur, une auteure en l’occurrence, sache observer l’art avec autant de simplicité et d’ouverture. Chaque page ouvre en effet son lot d’interrogations bienfaitrices. Comment recevoir une œuvre ? Ou par quoi l’art sera-t-il un jour remplacé (comme lui-même a remplacé le religieux) ? Mais avant tout : qu’est-ce qu’une œuvre ? À partir de quoi ou de quand peut-on parler d’art ?
À ces questions et mille autres, Rien à voir propose des réponses sans jamais rien arrêter et c’est là l’une de ses nombreuses qualités. Une autre est de nous faire entrer dans l’atelier personnel d’un artiste. Car n’oublions pas que Rose de nuit a été embauchée pour relater les circonstances de la rétrospective d’Ari Bosochur. On le suit donc dans ce parcours, participant à ses doutes, ses retournements, ses choix, ses positions.
Par ce biais, on suit également les êtres sans qui aucune œuvre ne se verrait, les ouvriers qui peignent un mur de telle ou telle couleur, placent une cimaise à telle ou telle place ou hauteur. On suit tout autant ceux qui rendront la rétrospective accessible : les médiateurs. On en suit au moins un, ami de Rose de nuit. Un personnage hors norme. Peut-être bien un artiste lui aussi ? On s’interrogera, Rien à voir donnant envie de repousser toujours plus loin les limites de l’art.
On l’aura compris, Gaëlle Obiégly nous livre un (nouveau) texte audacieux. S’affranchissant d’une intrigue traditionnelle, elle a cumulé plusieurs fils, plusieurs possibles, ce qui est au fond le propre de l’art. Tout est possible pourvu qu’il y ait une intention ou une nécessité intérieure ; l’auteure nous rappelle l’importance de ces termes puis tout se termine sur un mot plus fort que tous les autres lorsqu’on est écrivaine : « un livre ». Un livre qui avait disparu. Où ? Avec la complicité du lecteur, Rien à voir a mené cette enquête là aussi.
Plusieurs fils donc, plusieurs possibles, plusieurs lectures. Et une foule de phrases devant lesquelles s’arrêter comme on le ferait devant un tableau. Un livre-musée en somme.
Isabelle Rossignol
(24/08/26)
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Sommaire
Lectures

Verticales
(Août 2026)
288 pages - 21 €
Version numérique
14,99 €

Gaëlle Obiégly
écrivaine et performeuse, a déjà publié une douzaine de livres.
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