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Nilima RAO
Sombres plantations
Enquête aux Fidji
Nous sommes aux îles Fidji en 1914. L’archipel situé dans le Pacifique sud, à l’est de l’Australie, est une colonie britannique depuis l’Acte de Cession de 1874 et le restera jusqu’en 1970. La culture de la canne à sucre tourne à plein régime et les propriétaires des plantations ont besoin de main d’œuvre mais l’esclavage ayant été aboli, il faut trouver une autre moyen d’exploiter à bas prix. C’est l’Inde qui va fournir ces travailleurs à très bas prix dans le cadre d’un accord trompeur que dénonce le prêtre, le père Hugues. « Ils ont apposé l’empreinte de leur pouce sur un document qu’ils ne pouvaient pas lire ! On leur a raconté tout un tas de balivernes, vous savez, la plus commune étant que les Fidji se trouvaient tout juste au sud de Calcutta ! Ou que le travail était facile. Facile ! Alors que la "corvée" quotidienne définie dans le contrat n’est réalisable que par les plus robustes ! On ne leur a jamais dit que s’ils ne parvenaient pas à terminer leur labeur en un jour, ce jour ne leur serait pas décompté. Ils ne savaient pas qu’ils s’étaient vendus en esclavage pour cinq ans. » C’est dans cet univers et cette atmosphère que nous plonge Nilima Rao avec cette enquête policière. Kunti, une coolie sous contrat, a disparu brutalement, abandonnant sa fille et son mari. Un mystère qui aurait pu passer inaperçu sans l’intervention du père Hugues qui affirme que la disparition volontaire n’est pas possible. Il connaît Kunti, elle est très attachée à sa fille et ne l’aurait jamais abandonnée. De plus, elle a déjà effectué trois ans sur les cinq de son contrat. Il pense qu’elle a été enlevée et le fait savoir dans la presse. Le chef de la police, le commissaire Jonathan Thurstrom, est furieux. Une délégation indienne vient d’arriver aux Fidji pour évaluer le programme de travailleurs indiens engagés sous contrat et il ne faut surtout pas que le moindre incident vienne perturber cette visite de routine qui sert à maintenir en place cette exploitation humaine indispensable aux planteurs. Le commissaire convoque le sergent Akal Singh et lui demande de régler au plus vite cette histoire de disparition et dans la plus grande discrétion. Le sergent Singh est indien, né dans un village du Penjab. Fils d’instituteur, il ne se destinait pas à entrer dans la police mais ses parents ayant dû marier et doter ses trois sœurs il lui fallait aider financièrement la famille. Les sikhs du Penjab avec leur turban et leur rigueur sont des guerriers réputés, facilement recrutés par l’armée et la police. Singh a obtenu un poste à Hong Kong où il a passé six années agréables et intéressantes. Malheureusement, il a commis une faute qui lui a valu d’être muté aux Fidji. Cette faute, il l’expliquera à un ami plus loin dans le livre. Dans l’échelle sociale des Fidji, il s’établit très en dessous des Britanniques bien sûr mais en tant que policier à peu près au niveau des Fidjiens, au-dessus des coolies sous contrat. Pour mener son enquête, le sergent Singh va pouvoir compter sur l’aide de deux hommes très différents. D’abord Taviti, un jeune brigadier fidjien, plein d’humour, neveu d’un chef coutumier, très au courant des us et coutumes de l’île et de tout ce qui s’y passe. Cette attitude souriante et amicale et cette connaissance du terrain sont très précieuses pour le policier indien. L’autre personne qui va se révéler accueillante et indispensable, c’est le docteur Holmes, un médecin anglais sans préjugés, aussi à l’aise avec les notables britanniques qu’avec les coolies qu’il soigne dans les plantations. C’est lui qui va guider le policier dans cet univers contrasté difficile à pénétrer. Singh doit comprendre ce qui est arrivé à Kunti, cette coolie qui a disparu. A-t-elle fugué ? A-t-elle été enlevée ? Au même moment, le contremaitre de la plantation a quitté son poste pour partir à la guerre comme beaucoup de volontaires. Mais on ne trouve aucune trace de son départ sur les bateaux qui assurent les liaisons avec l’Inde ou l’Australie. Est-ce lui qui a enlevé la jeune fille ? Que sont-ils devenus ? Le sergent Singh, méprisé et humilié par les propriétaires des plantations et craint par les coolies gouvernés par la terreur, a beaucoup de mal à récolter la moindre information. Heureusement, avec l’aide du brigadier fidjien et du médecin anglais, il va réussir à découvrir la vérité. En l’accompagnant dans son enquête, l’autrice nous plonge dans l’atmosphère de cette colonie britannique en 1914 et nous permet de pénétrer dans les plantations, y compris dans les baraquements insalubres où vivent les coolies que le médecin vient soigner au cours de ses visites régulières. Une deuxième enquête du sergent Singh a déjà paru en anglais, espérons qu’elle sera aussi traduite en français. À suivre…
Serge Cabrol
(23/02/26)
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Sommaire
Noir & polar

Au vent des îles
(Février 2026)
248 pages - 21 €
Traduit de l’anglais
(Australie) par
Mireille Vignol

Nilima Rao,
australienne d’origine indo-fidjienne, vit aujourd’hui à Melbourne. Ses arrière-grands-parents sont arrivés du sous-continent indien au début du XXe siècle, devenant coolies aux Fidji. Elle se penche sur un aspect peu étudié de l’engagisme : la violence systématique faite aux femmes et le viol utilisé comme arme de soumission.
Bio-bibliographie
sur son site :
www.nilimarao.com
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