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Ricardo SALVADOR

La fille aux sandales rouges


Valsa, policier en arrêt maladie, ne supporte pas les violences faites aux femmes. Pourquoi, nous le saurons plus tard dans le roman. Ce que nous voyons dès les premières pages, c’est qu’il n’a pas besoin d’arme ou d’uniforme pour faire régner l’ordre, à sa manière, très violente.

À deux heures du matin, il entend des cris venant de l’appartement du dessus. « J'ai pas cherché à comprendre, en général c'est mon principal défaut, je cherche pas à comprendre. J'aurais peut-être dû. » Il se précipite chez sa voisine, la porte est restée entrouverte. « Quand je suis entré dans la piaule, on se serait cru au Printemps le premier jour des soldes ; ça traînait partout, des fringues, des assiettes cassées, des trucs. […] La petite voisine était à moitié allongée par terre, des cheveux collés sur la figure. […] Elle saignait, elle essayait de pas en mettre partout de son sang, avec ses mains elle colmatait comme elle pouvait pour pas tacher le tapis. Mais ça pissait dru. […] Lui, il se tenait debout devant elle, jambes écartées, poings serrés, il me tournait le dos. Il m'a pas entendu débarquer dans sa carrée. […] il a deviné qu'il se passait quelque chose dans son dos, il s'est retourné pour me faire face. […] Il a attrapé une bouteille de bière, pas pour m'offrir l'apéro je crois, plutôt pour me la fra­casser sur le crâne et il a juste eu le temps de dire : Qu'est-ce que tu... ? Il n'a pas pu finir de poser sa question. Je lui ai éclaté la gueule d'un crochet au menton d'abord, il a pas moufté alors j'ai enchaîné avec un demi-tour sur moi-même et je lui ai collé un coup de coude dans l'arcade droite. Ça a giclé sévère sur le mur blanc. C'était Versailles le jour du quatorze Juillet avec les têtes d'aristos baignant dans les fontaines. […] Il est tombé sans insister alors je lui ai mis un coup de Santiag dans les côtes. J'étais pieds nus mais j'ai frappé aussi fort que si j'avais des Santiag. Et puis un autre à tout hasard. Il ne disait plus rien. […] Je me suis penché sur elle, elle était agenouillée sur le sol, elle pouvait pas se relever. […] elle a gueulé : "Espèce de connard ! Espèce de gros connard ! Maintenant, il va me défoncer, il va me tuer !  De quoi tu te mêles !»

Cet extrait donne une idée de l’atmosphère du roman, de ce mélange de langue verte et d’humour noir qui nous entraîne dans une sombre histoire sans cesser de nous faire sourire. Valsa est un héros au grand cœur qu’on accompagne avec plaisir mais dont on se demande tout le temps s’il fait les bons choix et s’il va se sortir des embrouilles dans lesquelles il se plonge faute de pouvoir y résister.

La voisine du dessus, Karolina, La fille aux sandales rouges, va venir s’excuser le lendemain, très tendrement, mais Valsa est loin d’imaginer dans quelle folle histoire cette aventure va l’emmener. Quand il comprendra que sa nouvelle amie, qui disparaît de la circulation, est liée à un réseau de prostitution fournissant des jeunes filles à des hommes riches et puissants, cela ne fera que décupler sa colère et son désir de la retrouver…

Valsa a peu d’amis mais heureusement, il va pouvoir compter sur eux. Ce sont des habitués de la salle de boxe où Valsa va régulièrement se défouler sur des sacs de sable ou des punching-ball. Il y a Bromure, Panama et Le Chien. Des personnages pittoresques, toujours prêts à participer à n’importe quelle aventure comme des enfants qui n’auraient pas vieilli, à prendre tous les risques et affronter tous les dangers pour aider un ami et bien rigoler.

C’est avec cette armée de Pieds Nickelés que Valsa va partir à l’assaut d’un réseau qui ne manque ni d’argent, ni d’armes, ni de notables au bras long…

Tout en menant ce combat pour retrouver Karolina, il doit s’occuper de sa mère qui est dans le coma à l’hôpital et de femmes dont les maris violents ont régulièrement besoin d’une visite musclée de Valsa pour leur apprendre à vivre.

Pour se détendre, en plus de la salle de sport, il va au cimetière, il s’assoit sur une tombe et il discute avec le mort, pas très causant mais qui écoute bien.

Un drôle de personnage dans une drôle d’histoire. Beaucoup de références viennent à l’esprit, de Boris Vian (ou Vernon Sullivan) à San Antonio en passant par Marcel Aymé ou René Fallet, mais avec une goutte de chaque ingrédient, le cocktail de Ricardo Salvador trouve son originalité. C’est plaisant de suivre un justicier qui ne se prend pas pour un super héros au visage de jeune premier mais un flic en congé maladie qui ne se fait pas d’illusions sur son physique : « J’en reviens pas, elle a même pas remarqué que j’étais le petit frère de Quasimodo qui était le plus beau de nous deux. Je vérifie rapido dans le miroir de l’entrée si un coup de baguette magique m’aurait transformé en Alain Delon. Mais non, j’ai toujours ma tête de potager, les oreilles en chou-fleur et le nez en potiron. » Bon, il n’est pas très joli, un peu excessif dans ses réactions, parfois très violent, mais il a un bon fond, il est fidèle en amour et en amitié. Quand on le suit, on espère que cette sombre histoire ne se terminera pas trop mal pour lui mais seules les dernières pages peuvent le dire. Bonne lecture !

Serge Cabrol 
(07/04/26)    



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Noir & polar








Le chant des voyelles

(Mars 2026)
284 pages - 22 €













Ricardo Salvador
a déjà publié quatre romans, caractérisés
par le non-sens ou
l’humour très noir.