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Pierre SAMSON


L’Irréparable


Quand l’homme qu’il aime meurt du Sida, Eugène Rolland s’oublie dans ses études de médiéviste. Il va se spécialiser et devenir paléographe. Comme il est peu chargé de cours à l’université de Montréal, il authentifie ou non, contre rétribution, d’anciens manuscrits, par exemple de riches livres d’heures que des collectionneurs fortunés ont acquis ou veulent acquérir pour se vanter de posséder des trésors inestimables.

La soixantaine légèrement bedonnante, Eugène a conscience qu’il n’a pas pu s’adapter à son époque, qu’il fait lui-même figure d’artéfact poussiéreux, et cette impression s’aggrave quand il croise certains collègues qui, eux, ont su unir ces hiers lointains et les technologies actuelles […] Bref notre chargé de cours est aigri, jaloux et la nouvelle directrice du département qu’il déteste d’autant plus qu’il appréciait beaucoup celle qui l’a précédée, l’achève en lui annonçant la non reconduction de son cours et son remplacement par la venue d’une jeune collègue.

L’écriture de Pierre Samson enrobe la pesanteur de son anti-héros de vocabulaire fouillé et de paragraphes amphigouriques pour se moquer de son personnage qui rejette toute la modernité de ce qui l’entoure et finit par participer de la hargne ambiante, vénéneuse et contagieuse qui traverse toutes les couches de la société, à commencer par les couloirs des universités, une hostilité pour l’autre secrète, dormante, puis électrisée, diffusée, poussée, pulsée sur toutes les variations possibles, une haine adoptée par ces médias supposément sociaux.

Mais le ton se fait plus alerte, les paragraphes plus clairs au fur et à mesure de la résurrection de notre homme sauvé, illuminé au cœur de l’hiver québécois, par un jeune hidalgo qui tombe amoureux de lui et touché qu’il est, à son corps défendant, par la grâce fragile de sa jeune collègue qu’il ne peut s’empêcher d’apprécier malgré le soupçon qu’il a qu’elle soit une usurpatrice.

Mais trop tard, Eugène est puni d’avoir désespéré de la vie. Il a commis l’irréparable et de tendres victimes expiatoires vont en payer le prix.

Un livre ironique mais une mise en garde profonde sur le fait de ne jamais se laisser aller à l’aigreur, à la jalousie, à accuser autrui de son mal être, à être suspicieux envers tout et tous mais au contraire, en gardant son âme, en restant exigeant vis-à-vis de soi, rester ouvert aux autres, aux nouveautés, au monde pour dire avec Barbara :

Je veux encore rouler des hanches
Je veux me saouler de printemps
Je veux m'en payer, des nuits blanches
À cœur qui bat, à cœur battant
Avant que sonne l'heure blême
Et jusqu'à mon souffle dernier
Je veux encore dire je t'aime
Et vouloir mourir d'aimer.

Sylvie Lansade 
(05/08/26)    



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Héliotrope

(Mars 2026)
280 pages - 20 €









Pierre Samson