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Corinne STANCIU LACROIX


La mansuétude des orques est immense


Voilà un roman noir écrit dans un style très littéraire tant par le choix des mots, précis et parfois rares, que par la tournure des phrases. « Des orques fendent la surface adamantine d’un lac dans l’épaisse pâleur d’un paysage hiémal. Chaque fois qu’elles affleurent la surface, leurs évents bruissent. Leurs haleines chaudes au contact de l’air froid forment des panaches vaporeux qui s’élèvent au-dessus du lac, alors que les roues noires de leurs dos tournent dans l’eau. »
D’orques, il sera question bien sûr, mais nous n’en croiserons pas dans la région où se déroule l’intrigue de ce roman.

En effet, c’est dans le sud-ouest de l’Angleterre et plus précisément dans le Dartmoor, que Colline, Pierce et leur fils Paul achètent une maison, dans une région de landes et de rocailles.
« Pierce se met à penser à Arthur Conan Doyle lequel avait choisi les reliefs de ce tor particulièrement spectaculaire pour camper le décor de l’enquête la plus mythique de son héros Sherlock Holmes. Le brouillard de la route, les limbes de ses pensées, fictions, réalités, tout se mêle, et dans une construction de son esprit un peu délirante, Pierce arrive à se figurer que les vaches sauvagement mutilées et égorgées pourraient signifier que le chien des Baskerville est de retour… »

Les premières victimes du roman sont des vaches tuées dans les étables avec une violence extrême. Ces actes odieux créent un climat de peur et de méfiance, chaque éleveur craignant pour ses bêtes. L’inspectrice Freya Di-Mayo est chargée de l’enquête et nous la suivons dans ses recherches et ses interrogatoires…

Non loin de chez les Coventry habite la famille Bandford. Travis est un homme d’affaires qui a fait fortune et a acheté une ferme dans le Dartmoor pour faire plaisir à sa femme, Bethany, délicate, élégante et fine comme une Barbie, qui voulait jouer à la fermière en retrouvant des souvenirs d’enfance. Ils ont trois fils dont l’aîné Harry, quatorze ans, est un garçon plutôt fragile harcelé dans son collège.
Les Travor emploient une paysanne robuste, Joy, qui prend soin des bêtes et de tout ce dont ni Travis ni Bethany n’ont envie de s’occuper, y compris les soucis de leur fils.

Joy a soixante ans et vit avec Andy, un homme travailleur et taiseux qui a une vingtaine d’années de moins qu’elle. Ils se sont aménagé une cabane sous un hangar et vivent là un parfait amour en louant leurs bras à des propriétaires de la région.

Nous accompagnons ces trois familles dans leurs activités et observons les relations qui se tissent entre elles au fil du temps.
Nous rencontrons aussi quelques personnages secondaires qui ajoutent leur dose de mystère à une atmosphère déjà lourde de défiance et d’inquiétude.
Il y a la remplaçante du vétérinaire qui a tendance à se montrer aussi ferme qu’efficace avec les animaux pendant ses interventions. Elle est mariée à un psychiatre. Certains éleveurs la trouvent brutale et attendent avec impatience le retour de leur vieux vétérinaire.
Il y a aussi la vieille voisine acariâtre qui a privatisé une source et menace tous ceux qui s’en approchent. Son petit-fils est un jeune homme tout aussi désagréable et il faudra toute la diplomatie et le savoir-faire de Pierce, qui est avocat, pour résoudre ce problème d’accès à la source.

C’est dans cette région rude et avec cette belle galerie de personnages hauts en couleur que l’autrice nous immerge pour notre plus grand plaisir. Ses descriptions poétiques et sensorielles font sourdre de chaque page des sentiments et des émotions contradictoires comme la joie, l’inquiétude, le bien-être ou la peur. Elle crée avec talent une atmosphère étrange faite de méfiance et de solidarité.

Et puis, un jour, ce ne sont plus des vaches qui sont tuées mais une femme. Crime ou accident. Par qui, pourquoi ? Mystère et suspense. Et les orques, alors, que viennent-elles faire dans cette histoire ? Il faut lire pour savoir et c’est une lecture bien agréable. Un très beau premier roman, original et exigeant. Une autrice à suivre…

Serge Cabrol 
(23/07/26)    



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Noir & polar








Rouergue Noir

(Juin 2026)
288 pages - 21,80 €

Version numérique :
15,99 €









Corinne Stanciu Lacroix,
après une première vie en France comme chirurgien-dentiste, s’est installée en Grande-Bretagne où elle
se consacre à l’écriture.
La Mansuétude des
orques est immense

est son premier roman.