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Alain Claude SULZER


F. comme frères


C’est à la mort de Frank que le narrateur se remémore celui qu’il a considéré comme son frère jusqu’à ce que l’homosexualité de Frank, vécue comme un scandale, se révèle aux yeux de tous et les sépare jusqu’aux ultimes retrouvailles, quand Frank meurt du Sida à trente-deux ans, dans la terrible période des années 80.

Le narrateur nous raconte leur enfance mêlée dans l’Allemagne des années 60, leurs parents devenus voisins ayant sympathisé, élèvent les deux garçons ensemble.
« Nous sommes restés inséparables pendant des années. Nos mères nous promenaient ensemble dans le quartier, […] Nous sommes allés ensemble à la maternelle, puis à l’école primaire et, plus tard, au collège. Nous avons joué ensemble dans le bac à sable de l’aire de jeux […] Nous avons allumé notre première cigarette au même instant […] C‘est au moment de découvrir notre sexualité que nos chemins ont commencé à diverger. »

La séparation est brutale, cruelle, violente et l’homosexualité et Franck sont jetés aux oubliettes. Le narrateur se souvient bien que leurs centres d’intérêt commencent sérieusement à diverger au moment de leur adolescence, pendant que Franck s’intéresse à la musique, puis se prend de passion pour la peinture, son compagnon ne pense, lui, qu’aux filles. Ils se voient moins, ne se copient plus et Franck ne confie pas son secret à celui qui est comme son frère. « J’étais devenu un étranger au pays de Franck. Qu’il ne m’ait pas mis dans la confidence montrait assez ce qu’il pensait de moi, mais j’en ai pris conscience trop tard. S’il ne m’avait pas révélé son secret, c’est qu’il ne me faisait pas confiance. »

Et pourtant c’est bien au narrateur que Franck, moribond, va confier ses toiles et ses dessins. S’il est devenu peintre aux USA, il n’a pas fait fortune pour autant et lui et son œuvre sont restés méconnus. Le narrateur, au chevet de son ami à ses derniers instants, le voit dessiner frénétiquement mais ne s’intéresse pas plus que ça à son œuvre.
D’ailleurs, dans un drôle de geste d’enfouissement, le narrateur va encore une fois effacer Franck de sa vie. Il entasse ses toiles dans une remise sur le terrain de sa maison dans le midi de la France où il vit maintenant avec sa femme et ses enfants et n’y pense plus.

Vingt-sept ans après la mort de Franck, le narrateur, revenant d’un tournage aux USA, découvre dans un journal allemand qu’à Berlin va être exposé « un petit florilège de trente-quatre œuvres »
« L’artiste, ai-je lu, avait choisi de rester anonyme pour se protéger. Un inconnu sans nom. Mon regard errait sur le papier, passant du texte aux images puis de nouveau au texte, sans que cela fasse sens. J’étais incapable de lire l’article calmement du début à la fin. Ce n’est pas possible, me répétais-je sans cesse. Où sont les œuvres de Franck ? Chez moi. Mais la réponse que le journal me jetait à la figure était : à Berlin. »

Et commence pour le narrateur un long cheminement pour admettre dans sa vie ce frère caché qui parmi ses toiles, il va le découvrir à l’exposition de Berlin, l’a peint.

Sobrement, pudiquement, Alain Claude Sulzer ne nous raconte pas le coming-out d’un homosexuel, pas la peine, ce personnage s’est toujours assumé, mais le lent processus d’un homme, le narrateur, pour reconnaître en lui l’amour qu’il a pour ce frère que le destin lui a offert enfant puis retiré brutalement et que le temps, l’oubli, les préjugés n’ont pas réussi à effacer pour lui permettre, à son tour, d’en faire son miel, mais sous la forme d’un beau roman.

Sylvie Lansade 
(31/08/26)    



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Lectures







Alain Claude SULZER, F. comme Frères
Phébus

(Mai 2026)
160 pages - 21,50 €


Traduit de l’allemand
(Suisse) par
Johannes Honigmann








Alain Claude Sulzer,
né en 1953, écrivain suisse alémanique, auteur d’une dizaine de livres, a obtenu plusieurs récompenses dont le Prix Médicis étranger pour
Un garçon parfait.

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