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Julien VITEAU


Chiens


Lire Chiens, c’est passer quatre mois, l'été 1985, aux côtés de Julien, quinze ans, apprenti dans la petite librairie de François et narrateur de ce premier roman.

Lire Chiens c'est découvrir ce que Julien lui-même appelle « le phénomène » : une intelligence fulgurante, une langue affûtée, une maturité trouble qui déborde parfois ses propres limites. C’est entrer dans une tête où cohabitent deux chiens – Athos et Keleb – forces intérieures, guides symboliques, moteurs des élans comme des égarements du jeune homme.

Le roman suit cet âge incandescent où les certitudes côtoient les vertiges. Julien a la grâce et l’arrogance de ses quinze ans, les désirs encore indistincts, la précocité des regrets déjà en formation. Il traverse l’été comme un territoire fragile : entre le bunker, lieu de rencontres homosexuelles et de découvertes identitaires, et la librairie où il conseille Hélène Cixous à des clients éberlués, il expérimente une forme de présence au monde aussi intense qu’instable.

Ce qui frappe, c’est la manière dont l’auteur restitue ce moment de bascule : un seuil où l’on croit tout comprendre de soi et où l’on ne fait que pressentir, maladroitement, l’histoire qui s’écrira – ou ne s’écrira jamais. Julien, lui, sait déjà ce qu’il va perdre. Il sait que certaines relations ne dureront qu’un été, que certains éclats dans les yeux des autres ne sont que passagers. Il porte cette prescience-là, presque trop tôt.

L’écriture, la littérature tiennent une place centrale dans Chiens. Loin de tout artifice qui chercherait à « faire jeune », la langue de Julien Viteau tisse une matière ombrée, vibrante, dont la singularité épouse celle de Julien. On pense parfois à Thibault Daelman, et à son Entroubli, pour cette capacité à faire surgir un monde intérieur par fragments, par fulgurances, par formules définitives comme seules les pensées adolescentes savent en produire.

Chiens impressionne aussi par sa sensibilité : le roman ne juge jamais, ne surligne rien. Il accompagne Julien, avec délicatesse, dans l’entre-deux d’une identité en construction. Il s’attache à transmettre non pas des faits, mais un climat : celui d’un été où tout pourrait encore basculer. Et c’est là, précisément, que le texte touche le plus juste.

Amandine Farges 
(09/04/26)    

Remarque : Les mots en gras dans cet article le sont aussi dans le roman.



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Verdier

(Janvier 2026)
160 pages - 18 €







Julien Viteau,
né en Italie en 1970,
vit entre Paris et le Gard. Chiens est son
premier roman.