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Gilles ABIER


Comment tu m’as fait mourir ?

Le harcèlement sur les réseaux sociaux est un thème fréquemment abordé dans la littérature jeunesse mais ce qui fait l’originalité de ce roman, c’est que la victime, et cela réjouira bon nombre d’adolescents harcelés, se venge de ses bourreaux de manière radicale, insolite et… fantastique.

Félix, un lycéen de quinze ans, « a des idées fixes et des comportements excessifs irrépressibles. Comme exiger que ses vêtements soient passés trois fois de suite en machine. Ou ne pouvoir entrer dans une salle de classe si tout le monde n'est pas assis, le prof y compris. Ce qui a le don d'agacer certains de ses camarades qui l'ont surnommé Toc-Toc. »

Il vit avec sa mère, très attentionnée et affectueuse. Son père les a quittés il y a déjà dix ans quand Félix était encore à la maternelle.
« Il n'a pas réussi à gérer tes drôles de manies, explique Julie pour excuser le départ de son mari. Au fond, il a toujours cru que c'était sa faute si la vie te heurtait plus que les autres.
Félix ne contredit jamais sa mère quand elle mentionne, sans ressentiment, son ex-époux. Mais la vérité tient en un mot. Lâcheté. Tout simplement. Philippe Vergnolle a préféré fuir ses responsabilités. L'amour qu'il éprouvait pour son fils n'a pas fait le poids face aux tracas qu'il leur causait. »

Tout cela est difficile à vivre surtout quand s’y ajoutent les moqueries de certains élèves de sa classe, les mauvaises blagues, les persécutions, les photos et les vidéos qu’ils font circuler sur les réseaux sociaux dès qu’ils ont réussi à le mettre dans une situation ridicule.

C’est pour cette raison qu’il a préféré éviter de participer avec eux au voyage scolaire à Londres. Pour ne pas trop peiner sa mère en évoquant le harcèlement qu’il subit quotidiennement, il a prétexté la présence de la prof d’espagnol qui, pour le protéger, ne cesse de veiller sur lui de très près et a assuré qu’elle lui servirait de chaperon pendant tout le voyage.
« Il est hors de question qu'elle me colle à la culotte. Si je vais à Londres, je ne veux pas qu'on me surveille. Elle est gentille, cette prof, mais en cherchant à bien faire, elle me met mal à l'aise. »
Sa mère n’a pas insisté, préférant respecter son choix plutôt que de le forcer à partir.

Pourtant, Félix est très attiré par Londres où il rêve d’aller étudier après son bac. Mais dans les conditions actuelles, en étant le souffre-douleur d’une poignée d’abrutis, ça n’a aucun intérêt.

Ravi du stratagème qui lui a permis d’échapper au voyage, il peut se détendre. « Aussi, après le dîner, pour évacuer cette frustration qui lui colle à la peau depuis qu'il a dû renoncer à visiter sa ville fétiche, il a décidé de dresser la liste de tous les élèves de sa classe qui passent leur temps à l'humilier. Sept tordus. Trois filles, quatre garçons, auxquels il a ajouté le prof d'histoire, même si ce dernier ne participe pas au voyage. »
« Après un long moment à scruter ces noms maudits, il a soudain eu l'idée d'écrire un texte où il leur ferait vivre un trajet dramatique, au bout duquel aucun d'eux n'arriverait vivant à Londres ! »

Bien installé à son bureau, stylo en main, il se régale. Récit d’un voyage catastrophe. Quand on écrit, tout devient possible. Délicieuse vengeance.
Il commence par trouver un prétexte pour que le prof d’histoire participe au voyage alors que ce n’était pas prévu. Pas de raison de l’épargner.  Ensuite le voyage en train lui semble un peu limité pour inventer des morts originales et il imagine qu’en bus et en ferry, les occasions d’accidents stupides sont plus variées. Certains mourront en France, d’autres sur le bateau mais aucun des huit n’en réchappera.
Jusque tard dans la nuit, il s’amuse comme un fou, plaçant ses harceleurs dans les situations les plus ridicules et les plus morbides. Quand ils sont tous morts, il s’endort, satisfait et détendu.

Le lendemain matin, il apprend par des SMS envoyés à sa mère que la professeure d’espagnol étant malade, c’est le prof d’histoire qui la remplace et que, suite à une tempête qui a abattu des arbres sur les voies ferrées, toute circulation ferroviaire dans la région est devenue impossible. Le voyage s’effectuera en bus SNCF et en ferry. Rendez-vous devant la gare à 11h30.

Félix est sidéré. Les deux premiers événements de son récit se sont réalisés exactement comme il les a écrits. Bon, c’est vrai que la prof d’espagnol était déjà un peu malade ces derniers jours et que Météo France avait placé le département en vigilance orange. Rien de très sorcier dans tout ça. Mais la suite ?

Son prétexte pour ne pas participer au voyage s’est volatilisé avec le remplacement de la prof d’espagnol par le prof d’histoire. Evidemment, il pourrait trouver autre chose pour ne pas partir. Mais sa mère a rempli tous les papiers pour lui laisser la possibilité de changer d’avis au dernier moment et il est déstabilisé par la parfaite coïncidence entre le début de son texte et la réalité. Evidemment, il ne dispose d’aucune magie ou pouvoir surnaturel et il n’y a aucune chance pour que la suite se réalise mais la curiosité est très forte et lui ferait presque oublier les raisons pour lesquelles il a préféré se priver de la visite d’une ville qui l’attire terriblement.
Finalement, l’envie de savoir l’emporte sur les réticences et il se retrouve avec son sac à 11h30 devant la gare.

On est à la page 30 du roman et un voyage apocalyptique attend le lecteur. Des événements inattendus ne vont cesser de se produire mais Félix va aussi découvrir de belles qualités chez certains élèves. Il va être étonné lui-même par ses propres attitudes et réactions dans des situations d’urgence.

Le roman est à la fois drôle et émouvant, alternant la violence et la tendresse, la cruauté de certains et l’empathie des autres. Le lecteur ne s’ennuie pas une seconde et ne résiste pas au plaisir de voir les plus odieux personnages disparaître au fil du voyage dans des conditions toujours surprenantes. Encore aurait-il fallu que Félix ne commette pas d’erreur en rédigeant sa liste…

Serge Cabrol 
(26/10/20)    



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Jeunesse







Slalom

(Octobre 2020)
240 pages - 14,95















Gilles Abier
a déjà publié une trentaine de livres pour la jeunesse.


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https://gilles-abier.fr/



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