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Romane ALESSIO


Ta vie, une danse


Aziz, un garçon d’une quinzaine d’années doit quitter précipitamment la Syrie avec son père, dentiste, sa mère, puéricultrice, et sa petite sœur. Après un voyage aussi long que dangereux à travers la Turquie, la Grèce et plusieurs autres pays, la famille arrive enfin en France.
« Ils étaient épuisés, sales et n’avaient plus que la peau sur les os. À Paris, ils avaient été pris en charge par l’association France terre d’asile, l’OFPRA leur avait accordé le statut de réfugiés et on les avait installés à Rennes. »

Aziz vit mal le départ de Syrie et l’installation à Rennes. Il trouve l’appartement trop petit et ressent de l’humiliation en voyant que son père n’a pu trouver qu’un emploi de manutentionnaire dans un grand magasin.
De plus, la rentrée au collège n’a rien d’évident pour lui qui ne parle pas un mot de français. La seule place libre dans la classe de troisième où il est affecté se trouve à côté d’une fille. Heureusement, Océane se montre accueillante et bavarde avec lui en anglais, puis lui propose de l’aider à progresser en français en venant lui donner de cours particuliers à domicile.

Tout pourrait être pour le mieux dans le meilleur des mondes s’il n’y avait cette passion secrète qui dévore Aziz depuis l’enfance : la danse.

Ce sont des flash-backs en italique qui nous montrent comment le petit garçon de huit ans a assisté, un jour, par hasard, en faisant une course au marché pour sa mère, a un étrange spectacle qui l’a fasciné. « Une adolescente métisse, qui doit avoir une quinzaine d’années, vêtue simplement d’un tee-shirt noir et d’un short assorti, virevolte au rythme de la musique. Ses tresses brunes, regroupées en une queue-de-cheval serrée, suivent le mouvement et semblent battre la mesure. Aziz n’a jamais rien vu de tel. Rien à voir avec les spectacles de danses traditionnelles auxquels il va de temps en temps assister avec sa mère, où tout n’est qu’ondulations du corps et contorsions impossibles. Là, la jeune fille saute, roule au sol, s’élance vers le plafond pour redescendre aussi vite, tout en souplesse, très dynamique, les yeux fermés, les pieds nus. »
Plusieurs samedis de suite, Aziz est retourné vers cette ancienne boutique devenue école de danse pour observer le cours, en cachette, et mémoriser quelques mouvements.
Mais quand son père a découvert qu’Aziz venait chaque semaine regarder ces « gesticulations grotesques », il est entré dans une grande colère dont la raison profonde a déstabilisé le jeune garçon. « Sans en avoir vraiment conscience, il a caché son attirance pour cet art parce qu’il savait que la réaction de ses parents ne serait pas favorable. Parce qu’il est un garçon. Cette découverte l’ébranle. Les garçons ne dansent pas. Ils ne doivent pas danser. Et maintenant qu’il y songe, il n’a jamais vu que des filles exercer ce sport. Mais alors, qu’est-ce qui peut bien clocher chez lui ? »

Les années suivantes, il n’a pu s’empêcher de continuer à danser seul, en cachette. « Quiconque passerait la tête par la porte de sa chambre assisterait à une scène hors du commun : un garçon torse nu, tourbillonnant sur le parquet. Il connaît sa chorégraphie. Il est en rythme avec la musique. Mais le plus impressionnant, c’est sans aucun doute le grand sourire ahuri qui lui barre le visage, illuminant la pièce plus que n’importe quelle autre lumière. »

À Rennes aussi, il continue, dès qu’il a un moment de solitude, son père au travail et sa mère partie faire des courses. Mais un jour, Océane surprend son secret…

Aziz le ressent comme une trahison et réagit violemment à cette intrusion dans sa vie privée. La relation entre les deux ados prend un sérieux coup de froid. L’histoire pourrait s’arrêter là mais il se trouve que la tante d’Océane est professeur de danse et le roman s’oriente alors vers une tout autre direction.

Ce livre, écrit par une jeune fille de quinze ans, séduira de nombreux lecteurs par les thèmes forts qu’il aborde : l’exil, le racisme, l’amitié, la passion d’un garçon pour la danse… Une belle histoire pleine d’émotion et de rebondissements, une véritable aventure humaine qui conduit un petit garçon syrien vers un avenir dont il est le premier étonné. « Quand on abandonne ses rêves on meurt » disait le film Flashdance.

Serge Cabrol 
(07/08/20)    



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Jeunesse







L’école des loisirs

Collection Médium
(Juillet 2020)
128 pages - 12,50